‹ Histoire de l'abbaye royale de Saint-Pierre de JumiègesChapitre 37 sur 39 · ABBÉ · texte numérisé non relu

ABBÉ

Il eut pour successeur Charles de Bourbon Vendôme, quatrième fils de Louis de Bourbon, prince de Condé, et d’Eléonore de Roye. Le pape Grégoire XHI l’avoit fait cardinal en 1583. II fut archevêque de Rouen après la mort de son oncle, et posséda de plus les abbaïes de Saint-Denis, de Saint-Germain-des-Prés , de Saint-Ouen, de Bourgueil, de Sainte-Catherine de Rouen et d’Orcamp. Dès la première année de son gouvernement les religieux eurent beaucoup à souffrir des gens de guerre, et particulièrement du sieur Du Boshion, capitaine du château Gaillard, qui leur enleva

de la Ligue et l’une des victimes de la satire Ménippée. Cf. Ch. de Beaurepaire, Inventaire des Archives, série G, p. 38.

1 Son corps fut transporté dans la Chartreuse de Gaillon ; son cœur et ses entrailles furent conservés dans l’église de Saint-Nicolas, au faubourg de Fontenay-le-Comte. Il avait été archevêque de Rouen pendant quarante ans.

dix miüds de blé. On exigea de plus 1,030 écus pour le passage de leurs vins aux Andelys, à Vernon, au Pont' de-1 Arche et a Rouen; ce qui les obligea de recourir au cardinal pour être dédommagés de ces pertes; mais le prélat ne voulut point en entendre parler, en sorte qu’ils furent contraints de se pourvoir au parlement, où ils obtinrent un arrêt daté du 9 mars 1591, qui les autorisoit à se faire payer par les fermiers de l’abbé, qui y consentit lui-même, par une procuration du 19 juillet de la même année.

A quelque temps de la les religieux firent renouveler la sauvegarde qui leur avoit été accordée par le feu cardinal de Bourbon, comme chef de la ligue. Le Chevalier de Grillon leur donna des gardes, et la nouvelle n en fut pas plustôt répandue qu’on vit arriver à Jumièges toute la noblesse du pays, les marchands, les laboureurs, les artisans et jusqu’aux femmes et filles de toute condition. L’appartement de nos rois, les dortoirs, les infirmeries, le logis abbatial, les hôtelleries et les greniers mêmes furent remplis (a). Il y avoit des ménages entiers dans le réfectoire, dans la boulangerie, dans la buanderie, dans le pressoir et dans le clocher. Le séjour de tant de personnes diiférentes fut près de sept mois, c’est-à-dire depuis le commencement d’octobre 1591 jusqu’à la fin d’avril 1592, que le roi Henri IV, ayant été obligé de lever le siège de Rouen, chacun se retira chez soi

{a) Mémoires de Jumièges.

avec ce qu’ilavoit apporté. Dom Jacques Gaudri, prieur claustral, mourut pendant ce siège et eut pour successeur dom Marin Du Costé, homme de grand mérite et de grande considération auprès de Monsieur de Balsac, évêque de Noyon, qui lui fit avoir le prieuré de Longueville, que le cardinal de Bourbon avoit donné à un de ses clercs après la mort de dom François Gaudri, cousin germain de dom Jacques Gaudri, dont nous venons de parler. Cette même année mourut aussi le R. P. dom Thomas Paon, qui avoit enseigné les mathématiques à dom Adrien Langlois. Il lui résigna le prieuré de Boafle avant de mourir, et lui fit avoir la charge de maître des novices, qui devoit bientôt vaquer par sa mort.

Outre ces chagrins domestiques et l’extrême pauvreté où la désolation des campagnes et la longueur du séjour d’un peuple presqu’infini dans Tabbaïe avoient réduit les religieux, ils eurent la douleur de voir saisir leurs revenus à Hauville par le receveur des décimes ; mais les députés du clergé rendirent une sentence en 1593, sur les représentations du prieur, et lui firent restituer tout ce qu’on avoit enlevé. L’année suivante, après la réduction de la Normandie, les religieux, accablés depuis si longtemps sous le poids d’une guerre cruelle et ruineuse, la plus grande partie de leurs terres étant sans culture, demandèrent 2,000 livres au cardinal de Bourbon pour les arrérages d’une somme de 136 livres et de soixante mines de blé qu’ils avoient acceptées pour décharger les abbés des aumônes

ordinaires et de menues réparations ; mais le cardinal s excusa de leur accorder cette somme sur ce que ses biens avaient été ruinés dans les guerres précédentes, et les renvoya à la décision de son conseil, qui ne leur fut pas plus favorable. Ils s’en plaignirent au parlement, qui les autorisa, par un arrêt du 12juilletl594, à saisir les biens de la mense abbatiale pour être payés. Le cardinal de Bourbon ne vécut pas longtemps après. Il mourut le samedi 30 de juillet, sur les deux heures après midi, dans son abbaïe de Saint-Germain-des- Près, à Paris, n étant âgé que de trente-et-un ans. Son corps fut apporté à Gaillon et inhumé avec celui de son oncle dans l’église des Chartreux, dont il étoit grand bienfaiteur.

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