Tome II
ne Ta pas connue, puisqu’il s’est trompé sur la date de cette nouvelle consécration, qu’il attribue à Eudes Rigault, archevêque de Rouen, sur la foi d’un registre des visites de ce prélat.
Ce fut dans le même esprit de religion, et pour satisfaire aux vœux de sa communauté, qu’en 1281 il fit droit à la requête que les religieux de Saint-Evroult avoient adressée en 1223 à l’abbé de Jumièges, pour être associés à toutes les bonnes œuvres qui se pratiquoient dans son monastère. Les lettres sont du mardi avant l’Assomption, douzième jour d’août. Elles furent envoyées le même jour à Saint-Evroult et reçues avec beaucoup de reconnaissance par l’abbé Guillaume de Mont-Pinçon, qui en remercia Robert d’Etelan par une grande lettre dans laquelle il témoigne que la grâce qu’il venoit d’accorder aux religieux de Saint- Evroult leur est d’autant plus précieuse qu’ils ne l’espéroient plus, quoique la sainteté des moines de Jumièges la leur fit désirer avec plus d’ardeur que jamais (a).
Le temporel n’étoit pas administré avec moins do zèle et de prudence par les officiers. Ils travailloient tous de concert au bien public, veillant egalement à la conservation des droits et des privilèges de l’abbaïe, sans chercher querelle à personne, mais sans vouloir souffrir qu’on les troublât mal à propos dans leurs possessions. Un gentilhomme, nommé PJchard de la Roche, l’avoit éprouvé deux ans auparavant, ayant été obligé, après un long procès, de renoncer à ses pré-
(a) Archives.
tentions sur la haute justice du vieux Verneuil en faveur de Jean de Goderville, aumônier de Tabbaïe {a). Les habitants de Conteville, quoique soutenus par les receveurs du domaine de P ont-Audemer, ne furent pas plus heureux dans leur opiniâtreté à refuser le droit de foire, qu’un roi de France avait accordé aux religieux de Jumièges dans leur paroisse. Ces rebelles, ainsi que leurs défenseurs, furent condamnés en 1282, par sentence du bailli de Rouen, les uns à payer le droit qu on leur demandoit, et les autres à les laisser percevoir sans trouble {b) ,
Nous ne voyons pas qu’après cette sentence on ait rien entrepris durant quelque temps contre les droits de 1 abbaïe. Il parait meme que la paix dont on les laissa jouir , et dont ils surent eux-mêmes profiter p^ipr vivre dans la pratique des vertus chrétiennes qui dévoient les conduire à la perfection de Tétât qu’ils avoient embrassé, ne finit pas à la mort de Robert d Etelan. On en peut juger par cette seule raison, qu il ne se trouve ni procédures, ni jugements, ni transactions dans les archives, jusqu’au commencement du siecle suivant, plusieurs années après le décès du successeur de Robert. Celui-ci mourut, avec assez de vraisemblance, en 1286, le 18 de juillet.
La sévérité de sa pénitence et l’exactitude de sa retraite, jointes à la douceur de son gouvernement, avaient tellement efiacé le souvenir des égarements
{a) Archives.
{h) Ibid.
de sa jeunesse, qu’on regarda sa mort comme une perte irréparable. Heureux ceux qu’une confusion passagère rappelle ainsi à leur devoir ! Si Dieu ne leur ménage pas toujours l’occasion de rétablir leur mémoire avec autant d’honneur, il voit au moins avec complaisance les maux qu’ils souffrent avec soumission pour l’expiation de leurs fautes. Chacun pleura Robert d’Etelan comme un père ; les religieux des prieurés dépendant de l’abbaïe donnèrent aussi des larmes à sa mémoire et engagèrent leurs prieurs à se rendre à Jumièges pour ses funérailles. On l’enterra dans le chaoitre et l’on couvrit sa tombe d’une pierre noire, pour perpétuer le deuil de sa mort.