‹ Histoire de l'abbé de Rancé et de sa réformeChapitre 114 sur 445 · LIVRE VIII, CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE VIII, CHAPITRE IV

avec des distances infinies, et que votre consolation soit de savoir que la mort de ceux qui lui appartiennent lui est présente et précieuse tout ensemble; qu'en quelque lieu qu'ils la trouvent, il les ressuscitera un jour, et les rassemblera des quatre coins de la terre, pour leur donner dans son royaume des places de gloire et de bénédiction qui ne leur seront jamais ôtées. Allez donc , Monsieur, où Dieu vous a destiné. Ne doutez point qu'en lui gagnant des âmes, vous ne sauviez la vôtre, et que vous ne soyez du nombre de ceux qu'il a promis de couvrir de sa protection par l'entremise et l'assistance de ses anges. »

Ces belles et consolantes paroles causèrent une joie inexprimable à l'homme apostolique qui, par reconnaissance, répondit aussitôt: « Je conserverai votre chère lettre comme le gage précieux de la part que vous voulez bien me donner, et à tous mes chers confrères, dans vos travaux et dans vos prières. Elle me sera comme un pilote assuré, et comme ma garde fidèle dans tout le cours de mon voyage, et mon puissant asile dans toutes les adversités qui me pourront survenir; j'en laisserai une copie dans le monastère de Siam, comme un gage précieux de vos très obligeantes et saintes promesses, qui sont de prier pour nous. Quant à l'original, je ne le quitterai jamais qu'à la mort. »

II éprouva bientôt l'effet de ce qu'il regardait comme une relique de l'abbé de la Trappe, en une circonstance qu'il raconte lui-même, dans une lettre adressée aux religieux de ce monastère en 1691 : « Passant, dit-il, de la côte de Coromandel en Chine par le vieux détroit de Singapore, le 26 août, notre navire se trouva d'abord à sec sur des rochers depuis la proue jusqu'au grand mât, quoiqu'il y eût plusieurs brasses d'eau sous la poupe; il fut ensuite tellement renversé, que le grand mât touchait presque l'eau: alors tous se crurent perdus, nonobstant leurs efforts. Pendant ce temps-là, les charitables et obligeantes promesses que le saint abbé m'avait faites de faire des prières particulières pour moi, me revinrent si vivement dans la pensée, qu'elles me causèrent une confiance extraordinaire, et au milieu du danger, j'avais une idée si forte de ce saint homme, qu'il me semblait le voir et sentir qui fortifiait l'espérance que j'avais d'aborder en Chine; ce qui me faisait dire à mon confrère qu'il eût bon courage, qu'avec le secours de Notre-Seigneur et les prières du saint abbé de la Trappe, nous y arriverions. Je disais aussi au capitaine de se confier en Dieu; mais il se croyait entièrement perdu. Cependant, lui et tout son équipage furent aussi surpris que nous fûmes consolés, lorsque, tout à coup , le'navire retourna dans son assiette, à la faveur de la marée, sans avoir fait aucune perte. Ce qui fit dire à plusieurs de la compagnie, quoique hérétiques, que Dieu avait fait un miracle sur nous. J'attribuai

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cette faveur singulière aux prières du saint abbé de la Trappe et à celles de ses religieux (1). »

Ainsi, comme on le voit, la Trappe rayonne par ce côté sur l'extrême Orient; son influence s'y fait sentir. Les missionnaires invoquent déjà l'abbé de Rancé comme un saint, et, dans les dangers, ils lui jettent à travers les mers, des cris de douleur et d'espérance.

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