LIVRE VIII, CHAPITRE X
« Je prie, Monsieur, Notre-Seigneur qu'il soit avec vous, et qu'il vous conserve pour le bien de vos enfants et de l'Église (1). »
Ces quelques mots du célèbre évêque tranchaient la difficulté, et traçaient la voie que doit suivre un directeur discret et prudent. L'abbé de Rancé s'expliqua toujours dans ce sens : « On sait bien, écrit-il à l'abbé Nicaise, que la règle n'est pas si générale qu'elle ne reçoive des exceptions , et qu'un supérieur sage et appliqué n'en puisse dispenser, selon la nécessité et l'utilité qu'il y trouve (2). »
Après cela, il n'y avait plus lieu, ce nous semble, à aucune contestation; mais l'esprit de parti, mais les passions rancuneuses n'ont ni raison ni justice. On lança encore d'autres pamphlets manuscrits, que l'on attribua au P. Mège(3).
Mais si l'abbé de Rancé croyait que ces factum anonymes ne méritaient que le silence, il n'en était pas de même de quelques-uns de ses amis. M. Maupeou (le curé de Nonancourt) voulut encore prendre sa défense cette fois. On se rappelle qu'il avait composé six lettres contre le Père Mège , dont deux seulement avaient paru ; l'abbé de Rancé avait empêché la publication des quatre autres. Mais l'auteur les tenait en réserve pour le jour où son adversaire oserait remuer et ouvrir la bouche. Il aurait rengagé la lutte, si la mort de ce dernier ne l'eût arrêté court : il ne crut pas devoir remuer ses cendres (4).
« Ce bon Père, écrivait l'abbé de Rancé, eût bien fait de déclarer quelque chose, avant de mourir, sur les opinions relâchées dont il avait rempli son Commentaire : le pauvre homme est parti si promptement, et son passage a été si précipité, qu'il n'a pas eu le temps, à ce qu'on m'a mandé, d'y faire attention. »
Le Père Mège mort, c'était un combattant de moins, mais non la fin de la bataille : les partis restaient, avec leur haine et leur rancune, toujours prêts à la lutte, toujours acharnés. Le chapitre suivant va nous en fournir une preuve effroyable.
(1) Lett. 161.
(2) Collect. Nicaise , t. V, lett. 52.
(3) « On a écrit, dit l'abbé de Rancé, deux lettres contre moi, sur le sujet de la Carte de visite des Clairets. Tout le monde les attribue à Dom Mège. » (Maupeou, Vie de l'abbé de la Trappe, 1. 1, p. 531.)
(4) Maupeou, Vie de V abbé de la Trappe, t. I, p. 534, 535, 536.