‹ Histoire de l'abbé de Rancé et de sa réformeChapitre 138 sur 445 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

Un Frère Récollet, après avoir passé quelques jours à la Trappe, dans le dessein de s'y faire religieux, en sort sans rien dire, et, pour se justifier, essaie de perdre l'abbé de Rancé et sa maison (1690).

De tous les religieux des différents Ordres qui vinrent à la Trappe, les Mendiants furent ceux qui persévérèrent le moins. A peine avaient-ils mis la main à la charrue, qu'ils regardaient en arrière et s'en allaient. Leur départ avait été souvent accompagné de circonstances si pénibles, que l'abbé de Rancé avait pris, depuis longtemps, la résolution de n'en plus recevoir.

Au commencement de 1690 (1), un Récollet, de la province de Paris, nommé Frère Candide Chalype, lui écrivit pour lui exprimer le vif désir qu'il avait de se retirer dans sa maison , et le prier de favoriser son dessein, alléguant qu'il ne pouvait faire son salut dans l'état qu'il avait embrassé, et que, si on ne venait promptement à son secours, on en répondrait un jour devant Dieu.

L'abbé de Rancé, comme tous les saints, se serait jeté dans un précipice ou dans un brasier ardent pour sauver une âme; il fut sensible au cri de détresse que lui jetait ce malheureux naufragé. Il lui manda qu'il voulait bien le recevoir, mais à condition qu'il obtiendrait le consentement de ses supérieurs ou unRref de Rome. Le Récollet répondit que ses supérieurs ne consentiraient jamais à sa translation, et que, pour le Bref, il n'avait ni le crédit ni l'argent nécessaire pour l'obtenir. L'abbé de Rancé l'adressa à M. le comte du Charmel, qui s'offrit de faire les démarches et les frais. Le Bref étant arrivé, M. du Charmel le pria de venir chez lui, et il le lui remit avec une somme d'argent pour faire son voyage, et une lettre pour M. Félibien , chanoine de Chartres , qui devait lui donner l'hospitalité dans cette ville. Parti de Paris le 19 août, il était à la Trappe le 24. Mais à peine y eut-il pr.ssé cinq ou six jours, qu'il disparut, sans prendre congé de personne, à l'insu de tout le monde, et revint dans le monastère de sa première profession qu'il avait quitté.

La retraite si subite et si clandestine de Frère Candide surprit autant

(1) Tout ceci est extrait des Nouvelles ecclésiastiques du XVIIe siècle, mois d'août 1691. (Biblioth. Irap., Orat.) ;— du Manuscrit de Septfons, cah. Xï, p. 90; — de D. Le Nain, t. I, p. 285.

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