‹ Histoire de l'abbé de Rancé et de sa réformeChapitre 151 sur 445 · LIVRE VIII, CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

LIVRE VIII, CHAPITRE XIII

« Je ne mérite pas, Sire, la confiance que Votre Majesté me témoigne; mais je la puis assurer qu'il ne me saurait arriver en ce monde un plus grand bonheur, que de pouvoir contribuer quelque chose à sa consolation et à son service. Nous continuerons, Sire, d'offrir nos prières à Dieu, et de lui demander qu'il ne cesse pas de répandre ses bénédictions et ses grâces sur Votre Majesté, sur la personne de la reine et sur le prince son fils; et je la supplie très humblement de croire que je regarde cela désormais comme un devoir indispensable, et qu'on ne peut rien ajouter à mon attachement inviolable, non plus qu'à mon profond respect (1). »

Cette lettre, dont nous ne citons que des fragments, nous fait voir combien l'abbé de Rancé avait le cœur grand et généreux, et combien sa main, qui semblait si dure, lorsqu'elle frappait les abus et les désordres, devenait douce et bonne quand il voulait toucher le malheur. Elle nous est une preuve qu'il aurait été capable de diriger les plus grands princes, comme les plus humbles cénobites, et que de la même plume, dont il avait écrit le traité des devoirs des moines, il aurait pu pareillement, et avec un égal succès , écrire un traité des devoirs des rois.

Quoique Jacques II fût informé de la manière dont on avait parlé de la première retraite qu'il avait faite à la Trappe, cela ne l'empêcha point d'y aller presque chaque année dans la suite. Il y demeurait trois ou quatre jours, et il les passait en de longues méditations et en des conférences spirituelles avec l'abbé de Rancé et avec son confesseur, qu'il menait avec lui. « Il assistait, dit son historien (2), à toutes les heures du chœur, excepté la nuit. Il ne mangeait que des œufs, des racines et d'autres légumes, à moins qu'il ne fût incommodé. Mais quelque infirme qu'il pût être, il dînait une fois avec les religieux au réfectoire, où l'on ne sert jamais ni de viande ni de poisson. Nul autre que lui ne pouvait mieux savoir combien il avait profité de ces retraites. Voici, en propres termes, ce qu'il en a écrit, et ce qu'on a trouvé dans ses papiers :

« Depuis qu'il a plu à la divine bonté , par sa grâce , de toucher plus vivement mon cœur, lorsque j'étais à la Trappe, je me suis, avec le secours de la même grâce, efforcé de réformer ma vie. Ce fut d'abord en partie par curiosité que j'y allai , pour voir si la description qu'on m'avait faite de ce saint lieu, et les Relations que j'en avais lues en Angleterre (3),

i) Cette lettre se retrouve dans le Manuscrit de Septfons, cah. XI, p. 4 38.

(2) Bretonneau, Abrégé de la Vie de Jacques II, tiré d'un écrit du Révérend Père Fr. Sanders, confesseur de Sa Majesté, Paris, 1703. Cet ouvrage nous a été très utile.

(3) Celle de M. Félibien Des Avaux, traduite en anglais par milord duc de Perth, grand-chancelier d'Ecosse.

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