‹ Histoire de l'abbé de Rancé et de sa réformeChapitre 152 sur 445 · II. H · texte numérisé non relu

II. H

242 HISTOIRE DE i/ABBÉ DE RANCÉ.

répondraient à l'idée que je m'en étais formée, et si l'abbé qui a commencé cette réforme méritait les louanges qu'on lui donnait. Un de mes anciens amis, le maréchal de Bellefonds, m'y engagea même, de quoi je l'ai remercié tant qu'il a vécu.

« Je trouvai que, par degrés, je réussissais dans le désir que j'avais de mieux vivre. Après y avoir été plus d'une fois, et y avoir fait chaque fois une espèce de retraite de trois ou quatre jours , ce que je remercie Dieu d'avoir fait tous les ans depuis mon retour d'Irlande, je m'aperçus que j'avais beaucoup profité; car je commençai à avoir une connaissance plus juste de la vanité des grandeurs humaines. Je fus convaincu que rien ne devait être plus ardemment désiré que l'amour de Dieu, et que tout bon chrétien devait se mortifier, particulièrement un homme aussi misérable que moi, qui ai vécu tant d'années dans un état presque continuel de péché, jusqu'à ce que vous ayez bien voulu, ô mon Dieu! par votre miséricorde infinie, me rappeler à vous en me châtiant (4). »

Supposons que Jacques II fût remonté sur le trône d'Angleterre à l'aide de ruines et de cadavres amoncelés , il y aurait eu dans ce succès , tout éclatant qu'on puisse le supposer, moins de vraie gloire et de solide grandeur que dars cette sublime résignation qu'il était venu chercher près de l'abbé de Rancé, et qui lui faisait incliner devant la croix son front dépouillé de trois couronnes, en disant : « Vous me les aviez données, Seigneur; vous me les avez ôtées : que votre saint nom soit béni! » Ce n'était pas d'être allé à la Trappe et d'y être resté trois jours, qu'il fallait blâmer ce prince; mais de ne pas s'y être rendu avant la bataille de laBoyne, pour n'en plus sortir. Ce n'était pas un trône, mais une cellule de Trappiste qu'il lui fallait ; c'est ce que Louis XIV ne comprit pas , et on ne sait que trop, combien il en coûta de malheurs et de sang à la France. Peut-être avait-il un pressentiment de ce qui devait arriver à sa race. En tous cas, ce fut pour lui et pour les autres rois un exemple terrible de l'instabilité des choses humaines; et on put redire encore, pour la centième fois, les lamentables paroles que le poète tragique a mises dans la bouche de la plus malheureuse des épouses, des mères et des reines : « Vous, potentats, qui vous fiez à votre puissance; vous qui dominez sur une cour nombreuse; vous qui vous livrez au doux sommeil de la prospérité, sans craindre l'inconstance de la fortune , regardez Hécube et contemplez Troie! » .

On a déjà dit que le voyage du roi d'Angleterre à la Trappe n'avait pas

(1) Bretonneau, ouvrage précité, p. 123, 124, 128.

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