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LIVRE IX, CHAPITRE PREMIER

qu'il eût été impossible aux communautés monastiques , sans le secours des études , de pouvoir conserver longtemps Tordre et l'économie que les premiers fondateurs y avaient établis.... Il passait en revue tout l'Orient monastique, s'attachant plus particulièrement à la Règle de Saint-Pacôme et à celle de Saint-Basile, et il s'efforçait de prouver qu'elles étaient favorables à sa thèse (1). En Occident, quoique dans la Règle de Saint- Benoit il ne soit question ni d'écoles ni d'études, il soutenait que les Bénédictins avaient toujours enseigné et étudié (2).

En s'avançant à travers les siècles, cet Ordre, dans toutes ses phases et toutes ses réformes, lui avait offert constamment, disait-il, le spectacle de religieux occupés tour à tour de la prière , des travaux manuels et de l'étude. Il croyait en avoir retrouvé même à Citeaux les principaux éléments, et il citait saint Etienne Harding, saint Bernard et Othon de Frisingue à Morimond (3).

Il apportait ensuite, comme une preuve à l'appui de son sentiment, la formation des bibliothèques monastiques et la transcription des manuscrits (4). Ici, il citait les Académies, les collèges établis dès le commencement et renouvelés dans la suite des âges jusqu'au XVIIe siècle (5). Plus loin , il se plaisait à énumérer tous les grands évêques, les saints docteurs, les moines savants sortis des cloîtres, et il ajoutait : « Comme il n'est pas possible dans la vie ordinaire de devenir vertueux sans une longue pratique de la vertu, on ne peut aussi acquérir les sciences que par l'exercice des études. Ainsi , il faut bien avouer qu'elles ont été en usage dans les monastères, puisqu'on en a vu sortir tant de grands hommes qui n'ont pas moins éclairé l'Eglise par leur doctrine, qu'ils l'ont édifiée par leur piété (6). »

Mais restait toujours la grande difficulté, le nœud gordien de la question : tous les anciens solitaires, toutes les règles primitives avaient regardé et consacré comme essentiel le travail des mains. Mabillon reconnaît que cet exercice est nécessaire aux moines. « La lecture, dit-il, jointe à l'oraison ne suffit pas , ordinairement parlant , pour fixer le cœur de l'homme dans cet état, il faut que la main prête son secours à la prière, à la lecture et à l'étude; autrement , ces exercices qui sont , d'ailleurs, si saints, seront languissants et incapables de calmer les agitations et les passions du cœur.

(1) Traité des Études monastiques, p. 10 et 12 ; — ibid., p. 40.

(2) Ibid., p. 17 et 31.

(3) Ibid., p. 56.

(4) Ibid., p. 345, 36, 109

(5) Ibid., p. 64.

(6) Ibid., p. 37.

268 HISTOIRE DE l/ABBÉ DE RANGÉ.

« Mais il y a des cas, ajoutait-il, auxquels il est permis de dispenser du travail manuel, comme la trop grande faiblesse, la maladie, certaines études réglées et de longue haleine imposées par l'ordre des supérieurs. Toutefois, ces cas ne regardent que des particuliers et non toute une communauté qui doit continuer le travail à l'ordinaire; car, puisque tous les membres ne sont pas capables de ces études , pourquoi ceux qui en sont incapables jouiraient-ils de l'indulgence que l'on n'accorde aux autres que par une espèce de nécessité (1) ? »

Mabillon ne croyait donc pas qu'il fût permis de substituer l'étude au travail manuel pour tous les moines, sans bouleverser les règles et détruire l'essence même de la vie monastique. Aussi avait-il soin de faire remarquer que dans la Congrégation de Saint-Maur il y avait une heure de travail par jour, outre le service de table que chacun devait faire à son tour et les emplois particuliers. Il prétendait que par ce moyen chaque religieux pouvait satisfaire à l'obligation de sa profession et de sa règle (2).

Telle est l'analyse succincte de la première partie du traité des études monastiques. Dans la seconde, Mabillon examinait quelle sorte d'études pouvaient convenir à des solitaires : c'étaient en général celles qui convenaient à de pieux ecclésiastiques (3) : l'Écriture sainte, les saints Pères, les Conciles, le droit canonique, l'histoire sacrée et profane, la philosophie, les belles-lettres, les manuscrits, les inscriptions (4), les médailles. On pouvait y joindre la composition et la traduction , les conférences , les prédications et les catéchismes (5). Venait ensuite le catalogue d'une bibliothèque monastico-ecclésiastique composée de plus de trois mille volumes.

Mabillon était non moins pieux qu'érudit; un double rayon des Cieux illuminait son âme et échauffait son cœur. « Il ne suffit pas, disait-il, d'entasser livres sur livres, connaissances sur connaissances, il faut se proposer une fin; or la double fin d'un religieux dans les études doit être Dieu et la vérité. Il faut ensuite que, selon saint Augustin, la science soit comme une machine qui serve à élever l'édifice de la charité : Tanquam machina quœdam per quant structura caritatis assurgat. Sans elle , la science non seulement ne sert de rien , mais elle devient très pernicieuse. Accumulons donc tant que nous voudrons des vérités dans notre esprit, si nous n'avons soin de croître autant en charité, ces vérités mêmes deviendront en

(1) Traité des Etudes monastiques, p. 96 et 97.

(2) Ibid., p. 111.

(3) Ibid., p. 141.

(4) Ibid., p. 273.

(5) Ibid., p. 312, 319, 323, 336, 342.

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