‹ Histoire de l'abbé de Rancé et de sa réformeChapitre 169 sur 445 · LIVRE IX, CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE IX, CHAPITRE PREMIER

de le faire parvenir, avec une lettre très flatteuse, au cardinal d'Aguirre, bénédictin et secrétaire du Saint-Office. La réponse de ce prélat n'était peut-être pas telle qu'on l'aurait désirée : « Je n'ai pas eu le temps, disait-il à l'auteur, de parcourir tout votre livre : il m'en reste encore la plus grande partie à lire; ce que je ne puis faire sans quelque difficulté, parce qu'il est écrit en français, langue que je connais peu. Je ne puis donc que redire ces paroles d'un ancien philosophe : Ce que j'ai compris est bien; je crois qu'il en est de même de ce que je n'ai pas compris. » Il reconnaissait qu'on perdait beaucoup de temps dans les cloîtres sous prétexte d'étude, et qu'il avait eu lui-même ce malheur; que si l'abbé de Rancé s'était contenté d'attaquer ces abus et non les études elles-mêmes, il aurait été de son avis.

« Cependant, ajoutait-il, que les reproches qu'il nous adresse, en nous rappelant l'esprit primitif de notre Institut, nous servent de leçon, et nous apprennent que nous devons consacrer nos soins principaux et la plus grande partie de notre temps aux exercices sacrés prescrits par notre Règle, et ne nous livrer à l'étude des lettres qu'autant qu'elle peut nous porter à la piété, à la perfection chrétienne et monastique, et, enfin, à la charité envers Dieu et le prochain (1). »

Les Bénédictins eux-mêmes ont avoué que l'ouvrage du Père Mabillon n'avait pas été tout d'abord bien accueilli à Rome. Le Père Ceppi, religieux Augustin , en ayant voulu traduire toute la seconde partie , trouva de grandes difficultés chez le Maître du sacré palais. On n'y goûtait point le conseil que l'auteur donne de lire les livres hérétiques, quelque adoucissement qu'il y eût mis. La chronologie d'Usserius étant l'ouvrage d'un protestant, on trouvait mauvais qu'il l'eût appelée la plus sûre. L'éloge de Theodoret passait pour une injure faite aux autres Pères Grecs. L'exemple de Ticonius, Donatiste, quoique pris de saint Augustin, fut improuvé, parce qu'il porte à lire les livres hérétiques. On ne voulait pas qu'on regardât l'histoire et la chronologie profanes comme nécessaires pour l'intelligence de l'Écriture sainte. Enfin, le nom d'imposteur que Mabillon donnait à Annius (de Viterbe) , Dominicain, irrita fort ceux de son Ordre. On alla jusqu'à parler de censure. Cependant, sur les remontrances du Révérend Père Massolié, le Père Ceppi obtint, enfin, un imprimatur; mais à condition qu'il supprimerait le passage sur les livres défendus (2).

(1) D. card. de Aguirre ad D. J. Mabillon. Œuvres posth. de Mabillon, 1. 1, p. 398. (2y Tout cela est raconté, par D. Vincent Thuillier, dans les Œuvres posth. de Mabillon, t. I, p. 367 et 368.

Les Bénédictins de la Suisse, ceux d'Kinsidlen et de Saint-Gall, le propagèrent dans cette contrée. Le Révérend Père Staudigl, de l'abbaye de Saint- Andechs, le traduisit, plus tard, en latin pour l'Allemagne (i).

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