‹ Histoire de l'abbé de Rancé et de sa réformeChapitre 170 sur 445 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Un épicier de Paris se retire à la Trappe; Bossuet y vient pour la fête de Saint-Bernard; du livre des Sirènes de l'abbé Nicaise ; de la satire du Grenadier (1691).

L'incrédulité a fait de nos jours au fond des âmes un vide effroyable : dans les plus grands chagrins, il arrive trop souvent que l'on tombe de la douleur dans le désespoir, et le désespoir semble frapper le malheureux de vertige; il ne voit plus Dieu et le Ciel , il cherche sur la terre un appui, et il n'en trouve point. Alors retentit dans son cœur le cri de l'enfer : Assez et trop vécu, tue- toi! Autrefois, la religion adoucissait parles divines espérances l'amertume des plus affreux malheurs; elle jetait une planche sur l'abîme , on le franchissait , et , en arrivant sur l'autre rive , on retrouvait la patience et la paix.

Parmi les désolés , les désespérés qui sont venus chercher des consolations à la Trappe , nous avons vu des gens élevés au faite des honneurs et tombés tout à coup dans les plus profondes disgrâces; des riches, des puissants du siècle qui avaient tout perdu , des pères et des mères frappés dans leurs plus chères affections, des victimes de la plus terrible des passions, celle de la chair. Aujourd'hui , c'est le tour d'un épicier de Paris, sur la paroisse Saint-Eustache, appelé Etienne Lion , fort en vogue , et qui en moins de vingt ans a gagné plus d'un million (2). Mais, au moment de ses plus brillantes affaires, il a fait la perte la plus douloureuse et la plus irréparable, celle de son épouse bien-aimée, le charme et le bonheur de sa vie, et il en est inconsolable.

Il devint sombre et taciturne, s'isola de ses amis , de ses parents et de

(i) La traduction latine du P. Porta ne parut, à Venise , qu'en 1705. — La traduction italienne du P. Lepori semble restée inédite ; elle n'est mentionnée ni par Dom Ruinart, ni par Dom Tassin. Ce dernier indique celle du P. Ceppi, intitulée : La Scuola Mabillonia, 2 vol. in- 12.

■(2) Onze cent mille livres. Tout ceci est extrait fidèlement de la Vie du Vénér. Sîtn. Gourdan, Paris, 1755, p. 123 et suiv. , et de plusieurs lettres et notes recueillies de divers endroits.

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