‹ Histoire de l'abbé de Rancé et de sa réformeChapitre 20 sur 445 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

L'abbé de Clairvaux consent à l'exécution des deux derniers brefs; le Chapitre général de Cîteaux s'intéresse à la santé de l'abbé de Rancé; les religieux de la Trappe écrivent à Rome à ce sujet; infestations diaboliques (1683).

C'était dans le but de préserver son monastère des relâchements et des désordres qui le menaçaient inévitablement, s'il venait à retourner en commende , que l'abbé de la Trappe avait obtenu en cour de Rome, l'année 1678, les deux brefs pour l'élection d'un prieur, dont il a été parlé précédemment. Cette mesure, tout efficace qu'elle était, ne lui donnait pas encore une pleine assurance; restait à remplir une dernière formalité de rigueur: il fallait obtenir l'assentiment de l'abbé de Clairvaux, qui le fit attendre assez longtemps, non par mauvais vouloir, mais une difficulté assez grave, au moins à ses yeux, le tenait en suspens. Sa qualité de Père immédiat de la Trappe lui conférait le droit de nommer le prieur de cette abbaye, en cas qu'elle tombât entre les mains d'un commendataire, et il ne pouvait ou ne voulait s'en dessaisir sans bonne garantie (1).

Depuis Denis l'Argentier, cette maison n'avait pas eu d'abbé aussi recommendable. C'était Pierre Bouchu , transféré de La Ferté à Clairvaux, depuis l'an 1676, d'une famille distinguée de Dijon, très liée depuis longtemps, comme nous l'avons dit, avec celle de l'abbé de Rancé. On conçoit que l'abbé de Clairvaux devait avoir non seulement de l'estime, mais de l'affection pour celui de la Trappe. On se rappelle, en effet, qu'il lui avait été très favorable au Chapitre de Cîteaux de 1667. Mais, dans cette circonstance, il reculait devant une concession dont les résultats étaient de nature à ouvrir la porte à des abus, dont il aurait la responsabilité. Toutefois, il fit bien voir quelle était la pureté des motifs de son délai, en renonçant à ses droits, aussitôt que l'abbé de Rancé lui eut fait tenir, par l'entremise de M. de Caumartin, intendant de la province de Champagne, son ancien et intime ami, l'acte suivant signé de sa communauté :

« Si jamais notre maison venait à se relâcher dans les points qui sont essentiels, savoir : dans la séparation des gens du monde, dans le silence exact entre les Frères, dans le travail des mains, dans les couches dures

(1) Manuscrit de Septfons, cah. X, p. 215.

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