‹ Histoire de l'abbé de Rancé et de sa réformeChapitre 202 sur 445 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

Un nouveau pamphlet intitulé les Quatre-Lettres (1692).

Depuis environ dix mois que durait la polémique sur les études monastiques, on s'était contenté d'échanger des lettres, de soulever pour ou contre des discussions plus ou moins vives, plus ou moins passionnées; mais les plus ardents des Bénédictins étaient dans un état d'effervescence telle qu'on devait s'attendre chaque jour à quelque explosion.

Au moment de la publication de la Réponse de l'abbé de Rancé, un inconnu qui n'avait pu la lire sans le plus violent et le plus amer dépit, cédant à un mouvement de vengeance, avait pris sa plume, l'avait trempée dans le fiel , et avait écrit une des plus violentes diatribes qu'on pût imaginer. Ce fut d'abord une première lettre anonyme datée du 15 mars de cette année; elle fut suivie d'une seconde le 2 avril, d'une troisième le 21 de ce mois, et d'une quatrième dans le courant de mai. On les envoya successivement à la Trappe. L'abbé de Rancé ne crut pas devoir ni se plaindre ni répondre; or ce n'était point ce que demandait l'inconnu : il lui fallait du bruit, et son exaspération croissant de toute la patience de son adversaire, il fit imprimer clandestinement les quatre pièces, à la fin de juin, et elles circulèrent bientôt dans le public sous le titre de : Lettres à l'abbé de la Trappe (1 ) .

L'auteur est surtout préoccupé et irrité de la Réponse aux Etudes monastlques; il en censure, il en flétrit la doctrine. Il passe en revue toute la vie de l'abbé de Rancé avant et après sa conversion , ses démarches , ses correspondances, ses écrits, sa réforme; il ramasse tous les mensonges, toutes les calomnies qui s'étaient débités depuis trente ans , il les répète avec plus de hardiesse et de mauvaise foi; non point cette mauvaise foi qui est réfléchie et qui vient du cœur, mais plutôt celle qui se glisse dans le torrent de paroles, en un moment d'humeur et de colère. Il semble quelquefois vouloir justifier son adversaire avec un air de charité hypocrite, et il le mord jusqu'au sang en faisant semblant de lui baiser la main.

(1) Nous n'avons retrouvé ce libelle qu'à la Bibliothèque Impériale, sous ce titre : Lettres à M. l'abbé de la Trappe, où l'on examine sa Réponse au Traité des Etudes tnonastiques et quelques endroits de son Commentaire sur la Règle de Saint-BenoH. (Amsterdam, H. Desbordes, 1G92.) N° de la Biblioth. Iinpér., 2755. E. anc.

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