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LIVRE IX, CHAPITRE X

de l'abbé de Rancé et des observances de la Trappe qu'avec tous les égards et tout le respect qu'ils méritaient. Plusieurs autres personnes pieuses et prudentes, surtout M. le premier président de Harlay, furent du même avis, s'accordant à dire qu'il ne fallait pas un mot de personnalité, soit dans l'intérêt de la cause que l'on défendait, soit en considération de la haute réputation de vertu qu'avait dans le monde l'adversaire que l'on combattait (1).

Le livre fut achevé d'imprimer le Ier septembre et parut sous ce titre : Réflexions sur la Réponse de M. l'abbé de la Trappe au Traité des Études monastiques. Il portait l'approbation de cinq docteurs ; mais elles avaient été rédigées, cette fois, en terme si mesurés et avec tant de courtoisie, qu'elles étaient presque également élogieuses pour les deux antagonistes. « La question étant ainsi éclaircie, disait l'abbé Gerbais, cela seul pourra suffire pour concilier deux grands hommes qui ne combattent dans le fond que pour une perfection plus grande, à laquelle ils aspirent, et à laquelle ils s'efforcent, à l'envi, de porter leurs frères. Le public qui semblait se partager dans ce beau différend, ne sera pas fâché de se réunir avec les combattants, en voyant les avances et les approches de l'un et de l'autre. »

L'abbé Courcier s'exprimait ainsi : « Après avoir vu dans l'antiquité les Jérôme, les Augustin et beaucoup d'autres saints, contraires en plusieurs points importants, et même dans l'explication des Saintes-Écritures, établir chacun leur sentiment par des traités qui ont été fort utiles à l'Église, on ne doit pas se laisser prévenir contre ceux qui font des livres pour défendre et appuyer les sentiments qui leur paraissent plus véritables. C'est de quoi il faut bien se donner garde dans la dispute née depuis quelque temps entre le Révérend Père Mabillon et M. l'abbé de la Trappe. Us combattent l'un et l'autre pour la vérité, sans blesser la charité ; et l'on peut assurer qu'ils disent tant de belles choses pour gagner chacun leur cause, qu'il serait désavantageux au public qu'ils n'eussent pas agité cette question. »

La lutte qui allait s'ouvrir de nouveau s'annonçait donc comme devant être aussi calme que respectueuse. Il y avail cependant dans l'Avant-Propos, quoique sous des formes douces et polies, quelque chose de piquant et d'ironique qui aurait pu faire croire que Mabillon allait s'oublier luimême et recourir comme les autres aux récriminations, à l'injure et aux invectives. Il y avait même des plaintes et des reproches qui semblaient

(1) Manuscrit de Septfons, cah. XII, p. 40. — Vincent Tliuill., CEuvr, posth. de. Mab,

t. I. liv. IV, p. 3K0.

partir d'une âme blessée. Mais après cette première sortie, après le premier feu jeté, la discussion reprenait en général son train pacifique, sauf toutefois un léger ton d'aigreur qui reparaissait bien encore de temps en temps.

Mabillon définissait une seconde fois le mot d'études (1) ; il soutenait ensuite que les études, telles qu'il les avait définies, pouvaient et devaient être permises aux moines, et il poussait vigoureusement sa thèse, s'efforçant de l'appuyer de l'autorité des Règles, d'une tradition non interrompue, et au besoin, du changement de discipline introduit par un long usage et par l'autorité de l'Église.

Il renouait la chaîne brisée des moines studieux, il l'agrandissait encore, et s'y tenait immobile. Il reproduisait les décrets des Papes et des conciles qui avaient prescrit l'étude aux religieux, et il prétendait que ce n'était point par impuissance de les rappeler à l'esprit de leur première institution, comme le voulait l'abbé de Rancé, mais par un effet de sa haute sagesse (2).

Les deux adversaires se rapprochaient cependant l'un de l'autre en plusieurs points. L'abbé de Rancé avait fait quelques concessions ; il avait élargi autant que possible, le cercle des études, en ajoutant dans sa Réponse de nouveaux livres à ceux dont il avait permis la lecture dans ses Devoirs monastiques et dans ses Éclaircissements. « Il faut avouer, disait Mabillon, que l'étendue des lectures que M. l'abbé accorde aux religieux est raisonnable et qu'il n'y en a pas beaucoup auxquels elle ne puisse suffire. Je suis bien aise qu'il se soit rapproché de nous (3). » — L'abbé de Rancé admettait qu'on pouvait dispenser des obligations communes, par exemple, du travail des mains, et appliquer à quelque étude particulière, les religieux doués d'un talent extraordinaire, que c'était une exception qui confirmerait la règle ; mais que ce devait être très rare. « Je ne sais pas, ajoutait Mabillon, ce qu'en jugeront nos lecteurs : je doute qu'ils puissent trouver une grande différence entre ce sentiment et le mien. Je crois pareillement que les sujets capables de ces sortes d'études se rencontrent fort rarement, et à peine s'en trouvera-t-il un de cent qui ait pour cela toutes les dispositions nécessaires. C'est ainsi qu'on en use dans la Congrégation de Saint-Maur, où à peine, de trois mille religieux, y en a-t-il trente que les supérieurs employent à ces études extraordinaires, quoiqu'il y en ait d'autres qui en soient capables. »

(1) Art. 1, p. 9 etsuiv. (2<> édit.), 1. 1.

(2) P. 91 et suiv., t. I.

(3) P. 30 et 31, t. I.

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