LIVRE IX, CHAPITRE X
de contraire, et que je n'aie trahi en cela mes intentions les plus pures et les plus droites. Dieu qui voit la disposition de mon cœur, sait qu'il n'y a rien de plus éloigné de mon dessein et de ma pensée. Mais les hommes ne voient pas ce cœur. Que puis-je donc faire que de leur exposer mes pensées dans cet écrit et mon cœur h Dieu, par la sincérité de la charité que j'ai pour celui que je suis obligé de réfuter ?
« Que ne pouvez-vous donc voir mon cœur, Mon Révérend Père (car, permettez-moi de vous adresser ces paroles à la fin de cet ouvrage), pour y connaître les dispositions où je suis, et pour votre personne et pour votre maison ! Je respecte les pratiques qui s'y observent, et je suis bien éloigné de désapprouver la conduite que vous y gardez envers vos religieux touchant les études. Mais si vous les croyez assez forts pour s'en passer, n'ôtez pas aux autres un soutien dont ils ont besoin. Il viendra peut-être un jour que les vôtres en connaîtront et en sentiront le besoin eux-mêmes aussi bien que nous. Cependant, qu'ils jouissent, à la bonne heure, de l'avantage qu'ils ont de posséder Dieu sans ces faibles ressources, dont les autres ne peuvent se passer! Pardonnez-moi donc, Mon Révérend Père, pardonnez-moi, si j'ai parlé avec quelque sorte de liberté ; et soyez persuadé que je ne l'ai fait par aucun dessein de vous blesser, mais par la seule nécessité de me défendre. Néanmoins, si je me suis trompé en cela même, je vous prie encore de me le pardonner ; da veniam si quid liberius dixi, non ad contumeliam tuam, sed ad defensionem meam : ant si et hoc non recte feci, et hinc da veniam (1).»
Il n'est pas possible de lire quelque chose de plus beau et de plus touchant, tels devraient être toujours le ton et l'esprit de la polémique chrétienne. C'est ainsi que discutaient les Rasile, les Grégoire, les Augustin, avec calme, douceur et modestie. La charité et la vérité se rencontraient et s'embrassaient sur leurs pages immortelles.
Quant à la prévision de Mabillon qu'un jour les Trappistes auraient besoin, comme les autres religieux, du secours des grandes études, elle ne s'est pas réalisée. L'œuvre première de la Trappe subsiste depuis deux cents ans, elle est aujourd'hui très florissante; on n'y a jamais senti le besoin de faire une plus grande part aux sciences. Ainsi Dieu et le temps, ces deux grands et impitoyables justiciers, ont jusqu'alors donné raison à l'abbé de Rancé.
(1) S. August., epist. 28,