LIVRE IX, CHAPITRE XI
nos jours, ce sont les papes eux-mêmes et les Conciles qui ont appliqué les religieux à l'étude, et il ne saurait y avoir de difficulté.
On retrouve dans cette pièce presque toute la thèse de Mabillon, mais avec une logique plus sévère, des déductions , sinon plus justes, au moins plus spécieuses, avec plus de force et d'énergie, avec cette précision qui agrandit la pensée, en resserrant le style.
Nicole avait écrit antérieurement, et pour son propre usage, des Remarques sur la Réponse de l'abbé de Rancé , qui n'ont jamais été publiées (1). Il y a certainement beaucoup de subtilité et de finesse; mais peu d'ordre. On voit qu'il ne les a faites que pour lui, et pour décharger sa mémoire, selon sa coutume , des pensées favorables ou contraires aux livres qu'il lisait, et qui se présentaient en foule à son esprit pendant la lecture (2).
Arnauld comprit bien le dessein de cette consultation des Bénédictins. Sans s'arrêter à chaque question en particulier, il répondit, en général, « que, puisqu'on voulait qu'il dît son sentiment sur ces contestations, il croyait qu'on ne devait pas trouver mauvais que M. de la Trappe fit des Règlements pour sa maison. » — « Mais de prétendre, ajoutait-il, que sa conduite doive servir de règle aux autres religieux, c'est ce qui ne parait pas juste. On ne doit pas laisser les moines dans l'ignorance; mais il faut beaucoup de discrétion pour régler leurs études, et leur retrancher celles qui ne seraient pas conformes à leur profession. Il est bon qu'il y ait quelques religieux savants pour défendre l'Eglise contre les opinions relâchées (3). »
Les Bénédictins auraient bien voulu avoir de leur côté l'abbé Fleury, à cause de la grande réputation que lui avaient faite ses profondes connaissances dans l'histoire ecclésiastique ; nous avons vu que son opinion semblait favorable à l'abbé de Rancé dans la lettre que nous avons citée. Il s'est peut-être expliqué plus clairement encore dans son huitième discours sur l'histoire ecclésiastique: «Les moines, dit-il, ayant abandonné le travail des mains, crurent que l'étude était une occupation plus digne d'eux, et l'ignorance des séculiers, même des clercs, les y engageait par
une espèce de nécessité Ils ne se bornèrent pas à l'étude qui leur
était la plus convenable , l'Écriture sainte et les Pères : en quoi ils auraient imité saint Jérôme et quelques anciens moines; mais, depuis le VIIIe et
(1) Nous les avons découvertes à la Bibliothèque Impériale, dans les Supplément» français, n° 405, petit in-4° de 200 pages.
(2) Goujet, Vie de Nicole, 2e part., c. XX, p. 231.
(3) Œuv. posth. de Mab., t. 1, liv. IV, p. 383. — Voir aussi la grande collection des Œuvres d'Arnaud, Paris, Lausanne, 1775, in-4°.