II
338 HISTOIRE DE i/ABBÉ DE RANCÉ.
le IX* siècle, ils embrassèrent toutes sortes d'études, même celle de la
médecine Un religieux, enfermé dans sa cellule, peut, sous prétexte
d'étude, faire des lectures inutiles et de simple curiosité. Enfin, il peut bâiller et dormir. Il n'en est pas de même du travail des mains : il est sensible, et l'ouvrage qui reste en fait foi. De plus, les esprits propres à l'étude ne sont pas communs : la plupart des hommes s'exercent peu à raisonner et à penser de suite, et sont peu curieux, si ce n'est de nouvelles et de petits faits particuliers, matière des jugements téméraires et des médisances (i). »
Toutefois, si l'abbé Fleury semblait incliner, ici, du côté de l'abbé de Rancé, il ne se prononça jamais contre les Bénédictins. Il sut même si bien ménager les deux partis, que l'un et l'autre crurent pouvoir le revendiquer.
De nos jours, le savant et le solide Rohrbacher, écrivain franchement catholique, que le Père Lacordaire a surnommé le saint Thomas de l'histoire ecclésiastique, est arrivé sur la question présente à des conclusions plus tranchées que celles de Fleury, et plus sévères, sur certains points, que celles de l'abbé de Rancé. « Les Bénédictins de France, dit-il, négligeaient généralement les lectures , les études propres à faire de saints religieux , et s'appliquaient à celles qui pouvaient faire des savants , des érudits, des hommes de lettres, capables de se faire un nom dans le monde. Ils aspiraient à transformer leurs monastères , ces pieuses solitudes d'autrefois , en académies littéraires et mondaines. Pour se défendre, ils imputèrent à l'abbé de la Trappe de vouloir interdire aux moines toute espèce d'études (ce qui n'était pas) , et ils poussèrent leur confrère Manillon à écrire dans ce sens Ce dernier était personnellement très
érudit, très doux, très modeste; mais n'avait pas l'âme apostolique de Vincent de Paul, deFénelon, de Rancé, pour ressentir jusqu'au fond des entrailles les maux de l'Église, et pour travailler avec courage à y porter remède. Nous n'avons pas rencontré chez lui un seul mot de cette nature....
« Dans un catalogue de livres propres à former les religieux bénédictins, Mabillon propose aux jeunes profès les Lettres de saint Jérôme, avec celles de Cicéron; les Fables de Phèdre , avec la Paraphrase des Évangiles par Érasme; les Oraisons de saint Jean Chrysostôme, avec les Dialogues de Lucien; les Comédies de Térence, et même des Ouvrages hérétiques condamnés par le Saint-Siège C'était là, sans doute, le moyen de
(1) Hist. ecclés., discours 8, par. 6 et 10, t. XX.