‹ Histoire de l'abbé de Rancé et de sa réformeChapitre 22 sur 445 · LIVRE Vil, CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE Vil, CHAPITRE IV

L'arrivée de cette réponse à la Trappe y causa toute la joie qu'on peut imaginer : dès le lendemain', 22 novembre de la même année, le prieur, profitant de l'absence de l'abbé retenu à l'infirmerie, en donna publiquement lecture à la communauté assemblée, qui se mit à genoux pour recevoir la bénédiction apostolique que Sa Sainteté voulait bien lui accorder. Mais pour le cher malade, qui n'avait aucune connaissance de cette démarche faite auprès du Saint-Siège, sa surprise fut à son comble quand il en fut informé. Enfant docile à l'Église, il se prêta, en vertu des ordres du Pape, à ce qu'on désirait de lui pour le rétablissement de ses forces; puis, après avoir satisfait au devoir indispensable de l'obéissance, il reprit son train de vie ordinaire. Cependant les inflammations intestinales et la fièvre reparurent bientôt. A ces incommodités, se joignit une insomnie opiniâtre qui amena une prostration complète (1).

Dans une position si inquiétante, il eut recours à l'évêque de Grenoble, pour lui demander le secours de ses prières, dans lesquelles il avait une confiance extrême, et pour le consulter sur les précautions à prendre dans la supposition que son abbaye retournerait en commende après sa mort. « En ce cas, lui dit-il, il faudrait que je me désistasse, et qu'elle tombât entre les mains d'un ecclésiastique qui eût assez de piété, de religion et de désintéressement, pour n'avoir devant les yeux que la conservation du peu de bien qu'il a plu à Dieu de mettre dans ce monastère, et qui pût obtenir l'agrément de la cour. Pour cet ecclésiastique, je crois l'avoir après ma démission; je ferais faire de mon vivant l'élection d'un prieur, et je commencerais et affermirais le régime et le gouvernement de la maison, en la manière qu'il doit être après ma mort.

« Pour le temporel , les religieux feraient un partage avec l'abbé commendataire, autant avantageux et commode qu'il se pourrait, et l'ayant fait homologuer au Parlement, ce serait un établissement constant et fixe qui assurerait leur repos, et qui empêcherait que, dans la suite, on ne leur fit aucun trouble. Mon doute, Monseigneur, est de savoir si l'établissement du prieur et le partage des biens de l'abbaye sont des raisons assez considérables pour tirer mon abbaye de la règle , et la mettre dans la main d'un ecclésiastique qui sera commendataire après ma mort, ou s'il vaut mieux que j'abandonne la chose à la Providence, qui en ordonnera ce qui lui plaira lorsque je n'y serai plus? Je vous supplie d'y bien penser (2). »

Il avait déjà consulté Bossuet et le maréchal de Bellefonds : l'un et

(1) Marsoll., Vie de M. Vabbé de la Trappe, t. II, liv. IV, c. n, p. 117 ; — Le Nain, l. I, 1. III, c. v, p. 213.

(8) Ibid.

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