II
complissement intégral de la Règle de Saint-Benoît, il n'y avait point de temps pour les grandes'études. Mabillon, dans ses Réflexions, avait soutenu le contraire ; Nicole avait été de son avis.
Dom de Vert se rangeait aujourd'hui du côté de l'abbé de Rancé et lui apportait l'appoint de son expérience en ces matières. Il s'était exclusivement appliqué à l'interprétation du chapitre XLViue de la Règle, persuadé que là gisait presque toute la difficulté.
« Il est difficile, disait-il en commençant, quelque estime et quelque considération que l'on ait pour les sentiments du Père Mabillon dans ses Réflexions sur la Réponse au Traité des Études monastiques, de garder à ce sujet le silence respectueux que paraît vouloir imposer M. l'abbé Gerbais, l'un de ses illustres approbateurs. De tout son livre, je ne m'arrête, quant à présent, qu'à un seul point important, essentiel et décisif de la question qui partage aujourd'hui tant d'honnêtes gens de toute profession et de tout sexe. Je ne puis laisser passer ce qu'il avance : Qu'on peut trouver tous les jours dans la Règle de Saint-Benoît cinq ou six heures pour la lecture, hors le temps de l'office divin et du travail (1).
«Comment cela se peut-il faire? Il n'y a que vingt-quatre heures au jour, j'entends au jour naturel ; et on voit bien que je parle ici d'heures égales, composées de soixante minutes. Or déjà, de compte fait, par la Règle, il y en a cinq et demie l'hiver, assignées au travail, et six et demie l'été ; c'est-à-dire en faisant une compensation des deux saisons, six toute l'année ; il en faut bien autant pour les divins Offices. Mabillon en avoue déjà trois pour Matines et Laudes. Il nous en passera bien encore trois pour le reste ; surtout si l'on y comprend non seulement les moments qu'il faut mettre pour se désoccuper ou de la lecture ou du travail avant l'Office ; mais encore le temps de la lecture devant Complies, qui durait environ une demi-heure. Voilà donc déjà douze heures employées. Mettons-en sept pour le sommeil ; c'est dix-neuf. A cela ajoutons-en une pour les repas, on ne peut moins ; en voilà \ingt.
« Maintenant que veut-on laisser pour l'Oraison mentale prescrite par la Règle; pour la lecture de la Règle même qui se doit faire en commun ; pour prévoir et apprendre par cœur ce que l'on doit dire et chanter à l'église, savoir : les Psaumes, les Capitules, les Répons, les Antiennes, les Versets et Versicules, car tel était l'usage, aux grandes leçons près, de tout apprendre et de tout chanter à l'église par mémoire. Pour toutes ces occupations il ne peut assurément accorder moins de deux heures.
(A) T. H, p M 8, 2e édit., in-12.