CHAPITRE XVIII
Manuscrit inédit de l'abbé de Rancé, intitulé : Examen des Réflexions que le R. P. Mabillon a faites sur la Réponse à son Traité des Etudes monastiques (1693),
Bien des gens sont persuadés que, dans les disputes et les contestations, celui qui se tait le premier, avoue son erreur et son tort. C'est pourquoi plusieurs des amis de l'abbé de Rancé le pressaient de répliquer lui-même par un écrit public, et au Père de Sainte-Marthe et à Mabillon. Il répondait à l'un d'eux : « Je ne demeure pas d'accord que je doive prendre la plume toutes les fois qu'il s'agira de ma justification. Il est bien rare que l'on se justifie devant les hommes, quelque bonne cause qu'on ait, qu'on ne se charge en même temps devant Dieu ; et il est plus difficile qu'on ne pense de ne pas excéder dans les manières. Répondre à un livre, ce n'est rien ; mais à des invectives vives et piquantes , ce n'est pas la même chose. » Ces dernières paroles révèlent une grande prudence et une sagesse profonde. On répond à un livre par un livre; mais comment répondre à des injures? Le sage, alors, garde le silence.
L'abbé de Rancé n'a donc rien à dire à l'auteur des Qaatre-Lettres, sinon qu'il lui pardonne. Mais en sera-t-il de même pour Mabillon? Non, Mabillon est un adversaire sérieux et digne, qui mérite qu'on lui réponde. Ne pas le faire, ce serait, aux yeux du public, abandonner les vérités saintes qu'il avait jusqu'alors défendues avec tant de courage, et sur lesquelles reposait l'édifice entier de sa réforme. Toutefois, ce ne fut uq'après de longues hésitations, bien des instances, qu'il se mit à l'œuvre; et, avec son ardeur ordinaire, sa connaissance profonde des matières monastiques, son travail fut bientôt fini. Comme dans ses autres ouvrages, c'est encore à ses religieux qu'il s'adresse.
« Mes Frères, dit-il, je m'étais imaginé que ce que j'avais écrit sur le Traité des Études monastiques du Révérend Père Mabillon , satisfaisait aux raisons dont il s'était servi pour en établir la nécessité, et même que j'avais tellement prévenu par ma réponse toutes les difficultés qu'il y
(1) Ce manuscrit nous a été communiqué à Alençon par M. Léon de La Sicotière. (Voir l'Introduction.)