LIVRE X, CHAPITRE PREMIER
Il voulait bien aussi se rendre garant de la franchise et de la loyauté de la démarche de son ancien antagoniste devant ceux qui les suspectaient. « Je suis persuadé, disait-il, que quand le Révérend Père Mabillon m'a écrit les dispositions dans lesquelles il était à mon égard, il l'a fait dans le sentiment de son cœur, et en un mot je compte sur son amitié, je la crois sincère et constante ; je crois aussi qu'il n'a pas moins de probité que de religion, et tous les hommes ensemble ne seraient point capables de me faire prendre des pensées contraires (1). »
Le rhumatisme qu'il avait à la main droite s'était changé en une fluxion qui lui causait d'horribles souffrances, on craignait que l'inflammation qui avait déjà envahi le bras, ne gagnât la poitrine. La duchesse de Guise l'ayant appris, arriva, les premiers jours de septembre, d'Alençon à la Trappe, où elle séjourna huit jours. Elle avait amené son chirurgien avec elle. Celui-ci, après avoir examiné la plaie, déclara qu'il fallait faire une opération. Il passa le rasoir quatre ou cinq fois au gras de la main et coupa la chair jusqu'au vif; ce que le malade endura avec autant de patience que s'il eût été insensible (2). La plaie se referma peu à peu, et trois semaines après, il n'y avait plus qu'une très petite ouverture, et il ne ressentait plus qu'une incommodité fort légère (3). « Ma santé, écrivait-il alors à l'abbé Nicaise, puisque vous m'en demandez des nouvelles, est un peu meilleure qu'elle n'a pas été ; il est malaisé que je llaie jamais fort entière, mon âge et l'air du pays où nous vivons ne me donne pas lieu de l'espérer. »
Comme une victime dévouée à la mort, il n'avait plus devant lui, sous un ciel insalubre, qu'une longue perspective de souffrances corporelles s'étendant jusqu'au tombeau, et s'entrecroisant avec une interminable chaîne de peines morales plus poignantes et plus terribles. « Mais, disaitil alors, ma consolation sera de regarder Dieu... Les hommes passeront ; l'injustice, quelque parée, quelque spécieuse qu'elle soit, tombe à la fin, la vérité l'emporte par dessus elle, et il n'y a rien dont la patience ne triomphe; je n'entends pas une patience de philosophe, mais celle que Dieu donne à ceux qui sont à lui, et qui le regardent dans les différents événements de la vie (4). »
(1) Gollect. Nicaise, t. V, lett. 85.
[%) Portefeuille du R. P. Léon, de Saiute-Catheriue de Sienne, p. 18.
(3) Collect. Hattingais (Riblioth. Impér.), 3009.
(4) Résidu Saint-Germain, Biblioth. Impér., t. VIII, 1235.
394 H1SÏ01HE DE L'ABDÉ DE FIANCÉ.