‹ Histoire de l'abbé de Rancé et de sa réformeChapitre 250 sur 445 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

L'abbé de Rancé se trouve compromis par le faux zèle d'un ecclésiastique de Paris (1693).

Quelques maximes que l'abbé de Rancé avait extraites de ses livres circulaient manuscrites dans les cloîtres. M. l'abbé ïhiers étant venu à la Trappe, on les lui communiqua pour avoir sa pensée (i). Un ecclésiastique de Paris , ancien ami de la maison où il avait été novice , ayant vu le manuscrit entre les mains de M. Thiers, le pria de le lui remettre pour quelques heures afin de le parcourir; mais il en prit une copie si secrètement et si rapidement que personne ne s'en douta (2). De retour à Paris, il le présenta d'abord à M. Precelles , docteur de Sorbonne, pour avoir son approbation et le faire imprimer (3).

L'abbé de Rancé ayant appris ce qui se passait, se hâta d'intervenir pour que l'affaire ne s'engageât pas davantage ; car, outre que le manuscrit était incorrect, la publication, dans les circonstances présentes, ne pouvait manquer de paraître très inopportune. Ses réclamations n'ayant eu aucun effet, il s'adressa directement à M. le chancelier pour le prier de s'opposer à l'impression.

Il y a des hommes qui sont ainsi faits : rien n'est capable de les arrêter; ils ont dit : Nous marcherons en avant , et ils marchent envers et contre tout, malgré les précipices et les abîmes qu'ils trouvent sur leur route. Tel était celui dont il est ici question, d'ailleurs fort dévoué à la Trappe, persuadé que le livre qu'il s'agissait d'imprimer ferait honneur à la sainte maison et à l'abbé de Rancé qu'il trouvait trop peu soucieux de sa gloire. Hélas! il ne pouvait réussir qu'en usant de quelques mensonges officieux; mais aux yeux de certaines gens peu délicats, ces sortes de mensonges portent avec eux leur excuse et leur pardon : la fin justifie les moyens.

Pour vaincre l'obstacle qu'on lui avait opposé, il s'avisa, trois mois après la première tentative , de faire à l'ouvrage quelques additions dont plusieurs étaient empruntées aux autres livres du même abbé, et de lui don-

(1) C'est ce que dit Le Nain, t. I, p. 331.

(2) On a dit qu'il l'avait copié dans une nuit, niais cela n'est pas possible.

(3) Le Nain (t. 1, p. 331) se trompe quand il dit qu'on s'adressa d'abord à M. Blampignon; l'approbation de M. Precelles est du 21 juin, et celle de M. Blampignon du 3 octobre.

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