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402 HISTOIRE DE L'ABBÉ DE ItANCÉ.
ment prodigieux que la grâce avail opéré en lui, et heureux de son bonheur (1).
C'est ce que constata pareillement le comte du Charmel : il venait tous les ans, comme nous l'avons dit, passer son Carême à la Trappe. Durant celui de cette année 1694, les infirmités du comte de Santéna s'étant aggravées, il fut cent fois témoin des souffrances horribles de son corps, et, en même temps, des joies célestes de son âme. Ce fut sous cette impression qu'il écrivit ces lignes au commandeur de Mareuil : « Voici le grand théâtre qu'il semble que Dieu a choisi pour étaler les merveilles de sa grâce. Notre ami, le comte de Santéna, y joue un grand rôle à l'heure
qu'il est 11 y a trois semaines qu'il vint recevoir l'Extrême-onction à
l'église : son martyre est prolongé; mais il ne diminue pas ses austérités. Il n'a voulu prendre aucun adoucissement, ni pour le coucher ni pour la
nourriture : il est plein de joie dans ses souffrances on ne voit ici que
de semblables prodiges! J'ai vu .ce matin sept ou huit moribonds, à la messe de quatre heures, qui sont venus communier : le comte de Santéna y était, malgré ses jambes cariées et ses ulcères. Je vous avoue que j'ai été frappé de la sérénité de ces visages mourants : ils m'ont paru brillants comme s'ils étaient déjà dans la gloire. Je passe ici ma vie dans une continuelle admiration. Je crois être au paradis, quand je me trouve au milieu de tous ces anges; s'ils ne le sont pas absolument, puisqu'il faut être dépouillé du corps mortel, je n'y vois guère de différence : car je ne pense pas que Dieu puisse recevoir un culte plus parfait de ses créatures, que celui que lui rendent ces véritables adorateurs qui le cherchent en esprit et en vérité. Si ce spectacle ne me rend pas meilleur, il sert du moins à me confondre (2). »
(1) Nous lisons ces particularités dans les lettres inédites que nous avons sous les yeux.
(2) Nous avons une copie authentique de cette lettre.