‹ Histoire de l'abbé de Rancé et de sa réformeChapitre 262 sur 445 · LIVRE X, CHAPITRE V. 4f · texte numérisé non relu

LIVRE X, CHAPITRE V. 4f

tribue non pas à mon habileté , Dieu m'en préserve , mais à la force de la vérité contre laquelle Terreur et le mensonge ne prévaudront jamais; c'est

la consolation de ceux qui la défendent (1) « Il y a, entre autres,

une proposition qui n'est pas soutenable , qui est que l'étude n'humilie pas moins que le travail ; cependant il est écrit, comme vous savez, scientia inflat(2). »

Néanmoins les ennemis de l'abbé de Rancé ne manquèrent pas, comme c'était leur habitude, de présenter toute cette affaire sous un point de vue défavorable : ils l'accusèrent d'avoir manqué de franchise , de s'être servi de hautes influences pour entraver l'impression du livre. Il fut obligé de se disculper. « Ceux qui vous ont écrit sur le Père Lami, dit-il à l'abbé Nicaise le 12 juillet, ne sont pas bien informés de ce qui s'est passé. C'est moi qui ai levé la difficulté à la publication de l'ouvrage. Mme de Guise ne s'en est point mêlée. M. le chancelier consentit sur le témoignage que je lui en rendis et sur ce que je lui en écrivis. Le Père Lami m'en a remercié, et il n'y a que trois jours que j'en reçus une lettre qui n'est qu'un pur remerciement. La requête de Pralart me fut envoyée avec le livre par l'ordre de M. le chancelier. En vérité, les gens sont, bien peu -informés des choses. Le Père Lami m'a écrit trois lettres sur ce sujet-là, et tout ce qu'on vous a mandé n'est qu'une pure imagination (3). »

On sut bientôt dans le monde toute la vérité , et Baillet écrivait alors : « Le livre de Dom François Lami parait enfin avec l'agrément de M. de la Trappe, qui l'a vu avant sa publication... Non pas qu'il convienne de sentiments , mais par la raison que le monopole n'a point lieu sur les esprits dans la république des lettres (4). »

Le Père Lami qui savait mieux que personne toute la loyauté, l'obligeance et la grandeur d'âme de l'abbé de Rancé en cette circonstance, ne crut pas pouvoir mieux lui exprimer ses sentiments qu'en lui faisant hommage d'un exemplaire de son ouvrage, avec ce billet : « Trouvez bon, Mon Révérend Père, que j'aie l'honneur de vous présenter ce livre que vous avez traité avec tant d'indulgence ; je le crois très peu digne de vous, et de trouver place dans votre sainte Maison ; mais cependant, Monsieur, il me semble qu'il est juste qu'il y soit, quand ce ne serait qu'à titre de reconnaissance; et comme il a été l'occasion des bontés que vous m'avez fémoi-

(1) Lettre inédite de l'abbé de Rancé. (Gollect. Nicaise, t. V.)

(2) Md., lettre inédite.

(3) Ibid., lettre inédite.

(4) Ibid.yi. III, p. 93, inédite.

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gnées, il est à propos qu'il serve à vous marquer à quel point j'y ai été sensible et mon profond respect (4). »

Combien n'avons-nous pas entendu reprocher à l'abbé de Rancé de n'avoir jamais réclamé que pour lui et ses œuvres le bénéfice de la publicité, d'avoir fait remuer toutes les puissances du siècle pour que les œuvres de ses adversaires ne parussent point et fussent étouffées en naissant. Voici qu'il à entre les mains un livre quL n'est point au fond favorable à ses principes ; il en est le maître , il n'a qu'à dire un seul mot. Eh bien ! il saura se commander à lui-même; ce qu'il a fait pour Mabillon, il le fera pour le Père Lami : non seulement il n'empêchera pas, mais il favorisera la publication. Ce seul trait suffirait pour démontrer la fausseté de toutes les imputations calomnieuses dont il a été et dont il sera encore l'objet.

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