‹ Histoire de l'abbé de Rancé et de sa réformeChapitre 276 sur 445 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

De la Trappe, envisagée comme un dernier asile de miséricorde et de pardon ouvert prêtre pénitent; exemple de l'abbé Nicolas Beugnier (1694).

De quelque côté, sous quelque aspect que l'on envisage le prêtre chrétien avec les yeux de la foi, on lui trouve une grandeur, une élévation prodigieuse. Il est l'aide de Dieu qui l'a revêtu de sa puissance et de son autorité pour diriger et sauver les âmes, Dei adjutor. C'est un autre Christ, alter Christus; et même, le Christ, en descendant chaque jour sur l'autel à sa voix, lui obéit en quelque sorte, obediente Domino voci hominis.

La dignité des prêtres est grande, mais grande est pareillement leur chute, grande est leur ruine. Les anges, purs esprits, sont tombés dans le ciel, devant le trône de Dieu. N'est-il pas possible que le prêtre, enfant d'Adam, traînant le fardeau de son corps et de la mortalité, tombe dans le sanctuaire devant l'autel ? A la vue de cet ange renversé dans la poussière, le chrétien le plus ferme se sent lui-même ébranlé, il est tenté de douter de la vertu. Afin de prévenir ces scandales et ces malheurs, l'Église armée de son glaive se tient nuit et jour, en sentinelle, devant le sanctuaire. Comme une bonne mère, elle ne commence jamais par les coups, mais par les avertissements, les exhortations, les prières. Lorsque toutes les ressources de la douceur et de la miséricorde sont épuisées, elle en vient aux menaces. Puis à la dernière extrémité, quand elle est forcée de frapper, elle se voile les yeux, elle ferme ses oreilles aux cris de son cœur, elle frappe de ces coups terribles qui retentissent de la terre au ciel et jusqu'en enfer. Mais ce qui prouve qu'elle a été contrainte d'agir ainsi

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