LIVRE X, CHAPITRE X
Rancé lui envoyait pour lui demander un abbé régulier, dit ces paroles remarquables : « M. de la Trappe a trop fait de bien dans cette maison, pour ne pas le maintenir, et je croirais blesser ma conscience, si je ne le faisais pas; » et s'adressant à l'archevêque de Paris : « Dites-lui que je lui accorde ce qu'il souhaite. » L'archevêque écrivit aussitôt à l'abbé de Rancé : « Le roi, après avoir lu votre mémoire d'un bout à l'autre, vous accorde l'abbaye pour votre prieur. Sa Majesté m'a commandé de dépêcher le Frère Chanvier au Père de la Chaise, afin que sur mon billet, il envoyé si vous le souhaitez, et que vous en soyez pressé, la feuille de l'acceptation de votre démission, pour que Sa Majesté la signe, et qu'elle vous en fasse expédier le brevet par M. de Barbesieux, lequel est en mois. Je ne pouvais pas faire davantage pour mon cher ami, n'ayant reçu son paquet que d'hier et l'ayant présenté au roi ce matin. Je vous supplie de faire part de cette nouvelle à Son Altesse Royale Mme de Guise (elle était alors à Alençon), et de croire tout à vous et de tout son cœur, l'archevêque de Paris : à Saint-Germain-en-Laye, le 18 juin 1695.
Louis XIV, ce jour-là, donnait par hasard une fête à Trianon, au roi et cà la reine d'Angleterre : Sa Majesté, sachant toute leur affection et leur dévouement pour la maison delà Trappe, leur dit qu'il venait de faire une chose qui leur serait agréable, et il la leur raconta (1). Leurs Majestés Britanniques se montrèrent fort touchées de cette précieuse faveur, elles en remercièrent le roi pour l'abbé de Rancé, dont elles firent, en présence de toute la cour, le plus grand éloge.
Le Père de la Chaise ayant su par le billet de l'archevêque de Paris les intentions du roi, rédigea le brevet qu'il devait lui présenter à signer, et qui était conçu en ces termes : « Le 20 juin 1695. Le roi a accordé ce qui suit à l'abbé de N.-D. de la Trappe, diocèse de Séez, ordre de Citeaux, vacante par la démission pure et simple de Dom Arnaud Jean le Bouthillier, qui après l'avoir tenue en commende avait eu la permission du roi de la tenir en règle, à la charge qu'elle retournerait en commende après sa mort ou sa démission, en faveur de Dom Pierre Foisil, dit Dom Zozime, prêtre et religieux dudit Ordre, prieur de ladite abbaye, pour la tenir en règle pour cette fois seulement, et à la -charge de retourner en commende par sa mort, cession ou démission.
Le roi signa ainsi le brevet :
« J'ai accordé ce que dessus.