‹ Histoire de l'abbé de Rancé et de sa réformeChapitre 29 sur 445 · LIVRE VU, CHAPITRE V · texte numérisé non relu

LIVRE VU, CHAPITRE V

ayant écrit la relation de leur vie et de leur mort (I), on pourra y revenir plus tard. On dira seulement que rien n'était si touchant que de voir ces deux hommes vénérables, à têtes blanches, confondus au noviciat avec des jeunes gens de dix-huit à vingt ans, soumis à des maîtres de beaucoup plus jeunes qu'eux et bien moins versés dans la conduite des âmes, dont ils recevaient les leçons avec une docilité sans égale : semblables à ces vieux solitaires dont parle saint Jean Climaque avec tant d'admiration, qui avaient des visages de vieillards avec la simplicité des enfants.

Il est certains amis à qui nous ne disons que nos joies ; il en est d'autres, et ce sont les vrais amis, à qui nous disons tout, nos joies et nos douleurs; mais plus encore nos douleurs , parce que nous savons que leur affection et leur sympathie croissent en proportion de nos peines, et qu'il y a dans leurs cœurs des trésors de consolation. Or, l'abbé de Rancé était pour Bossuet un ami de cette sorte; aussi s'adressa-t-il à lui, dans le chagrin qu'il éprouva de la mort presque simultanée de plusieurs personnes qui lui étaient très chères. « Dieu, lui écrit-il le 23 octobre, m'a ôté en quinze jours, par des accidents divers, trois de mes principaux amis. Le plus surprenant est celui qui a emporté l'abbé de Saint-Luc , qu'un cheval à jeté par terre si rudement, qu'il en est mort une heure après, à trentequatre ans. Il a pris d'abord sa résolution, et n'a songé qu'à se confesser, et Dieu lui en a fait la grâce. Les deux autres (M. de Cordemoi, l'historien, et M. de Vares, garde de la bibliothèque du roi) se sont vus mourir, et ont fini comme de vrais chrétiens. Ce coup est sensible, et je perds un grand secours. Cela n'empêchera pas que je continue ce que je vous ai dit (la Défense de la déclaration du Clergé) , priant Dieu que si c'est pour sa gloire, il me soutienne lui seul, puisqu'il m'ôte tout le reste. Vos prières. Tout à vous (2). »

Si nous en croyons M. de Bausset, le grand prélat serait venu, encore cette année, s'édifier et se reposer quelques jours à la Trappe, accompagné del'abbéFleury(3).

(1) La relation de Dom Le Mosle se trouve à la page 49 du tome II des Relations imprimées eu 1696, chez les Delaulne, à Paris. — Celle de Dom Ferrand, lre partie, mêmes Relations, p. 1 .

(2) Lett. 110.

(3) Hist. de Bossuet, p. 308, gr. in-8°.

46 HISTOIRE DE i/ABRÉ DE RANCÉ.

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