‹ Histoire de l'abbé de Rancé et de sa réformeChapitre 292 sur 445 · LIVRE X, CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

LIVRE X, CHAPITRE XI

élève, de son religieux, de son disciple, de son successeur et de son ouvrage : voilà ce qui est si grand et si parfait, qu'on ne trouvera point de paroles pour l'exprimer (1)!.... »

Ce vœu d'obéissance ne fut point de sa part une pure cérémonie. Retiré à l'infirmerie, il ne fit plus rien sans la permission de son successeur; il ne voulut pas même lire les lettres qu'on lui écrivait, qu'il ne les eût lues le premier : ce qu'il ne put, néanmoins, continuer longtemps, parce que souvent on lui communiquait des secrets de conscience. Sitôt qu'il éprouvait un peu de mieux, il se faisait porter au Chapitre, s'y accusait de ses fautes, et subissait les peines ordinaires. Il avait appris à ses Frères, par sa parole, à s'humilier : il voulut confirmer ses leçons par ses exemples. Mais il le faisait avec tant de dignité, qu'on voyait bien que c'était un homme supérieur aux autres hommes, même lorsqu'il était prosterné à leurs pieds. Élevé au-dessus de ses Frères, il avait toujours été petit à ses yeux; devenu leur égal, il fut encore plus grand aux yeux de ses Frères. Dans la supériorité, il avait été le parfait modèle des abbés; descendu de cet état, il était le parfait modèle des simples religieux.

Son dessein, comme nous l'avons dit, était de se renfermer dans l'infirmerie, dont ses souffrances ne lui permettaient plus de sortir, comme dans un tombeau , pour ne plus penser qu'à la mort et à l'éternité. Cependant, quelque résolution qu'il eût prise de ne plus se mêler de l'administration du monastère et de la direction des religieux, il ne fut pas en son pouvoir de l'exécuter. Dans les moindres difficultés, on avait toujours recours à lui, et l'abbé même ne faisait rien sans le consulter. Pour ce qui est des séculiers, les uns lui écrivaient pour lui demander des avis et des règles de conduite; les autres venaient quelquefois de fort loin pour le voir et pour le consulter. D'abord, il ne fit point de réponse à plusieurs lettres, il refusa plusieurs visites; à la fin, il fallut se rendre aux instances continuelles qu'on lui faisait et au sentiment de plusieurs personnes éclairées qui soutenaient qu'il ne lui était pas permis de refuser le secours de ses conseils à ceux que Dieu lui adressait. Personne ne sortait d'auprès de lui sans être consolé et content.

Ses ennemis prirent occasion de renouveler leurs calomnies : ils publièrent qu'il n'avait renoncé qu'à ce que la supériorité avait d'onéreux, et qu'il s'en était réservé la liberté et les privilèges. Cependant, il est certain qu'il gémissait et pleurait sur cette triste nécessité où il se trouvait engagé malgré lui; et il s'écriait souvent : « Oh! que je voudrais bien trouver quelque endroit pour me cacher le reste de mes jours (2) ! »

(1) Le Nain, 1. 1, p. 360.

(«) Ibid., p. 361.

4(52 HISTOIRE DE i/ABBÉ DE RANCÉ.

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