‹ Histoire de l'abbé de Rancé et de sa réformeChapitre 293 sur 445 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

„„ -». * s'était retiré depuis que„ue temps à ta Trappe, «V- fait profession, meurt entre les bras de l'abbé de Rancé (1692 et 1695).

Dans les derniers jours du mois d'août 1692, un officier français avec son uniforme , frappait à la porte de la Trappe : c'était le capitaine Zenon de Montbel, d'une ancienne famille du Languedoc. Il avait pris, à lage de vingt ans, le parti des armes. Après avoir servi plusieurs années comme mousquetaire dans les armées de Flandre et du Rhin , et fait plusieurs campagnes avec honneur, on le crut digne d'entrer dans le régiment du roi et il en fut bientôt le cinquième capitaine. Hélas ! il ne sut pas résister aux mauvais conseils et aux mauvais exemples : il oublia la bonne éducation qu'il avait reçue dans la maison de son père, et il se livra a tous les désordres de l'état militaire... Il consuma en folles dépenses son patrimoine qui était considérable.

Sa famille fut effrayée d'une pareille vie,- elle crut qu'étant éloigne de ses camarades il romprait plus facilement avec ses mauvaises habitudes ; elle demanda et obtint son licenciement pour quelques mois. Il avait toujours eu la passion du jeu, et une fois maître de ses actions, cette passion le posséda tout entier. Il fut joueur malheureux ; et un jour ayant perdu tout ce qui lui restait, un de ses amis qui était présent lui dit qu'il ne voyait point d'autre ressource pour lui que celle de se retirer à la Trappe : il se mit à rire, et ce fut tout pour le moment (1).

On était alors au commencement de mai, la campagne s'ouvrait en Flandre • il y avait déjà six mois qu'il errait de pays en pays : cette vie commençait à le fatiguer, et il demanda à rentrer dans son corps ; mais on ne le crut pas encore assez corrigé, et on prolongea de deux mois son licenciement. Ce fut dans cet intervalle que se livra la batadle de Steinkerque où pendant deux heures , les deux armées se battirent le mousquet croisé dans une affreuse mêlée. Quelques jours après, il apprit que trentecinq capitaines de sa connaissance y avaient perdu la vie (2). C étaient la plupart ses plus intimes amis et les compagnons de ses débauches. Avec

(t) C'est ce qu'on lit dans les Relations de sa vie.

(2) L'abbé de Rancé raconte cela dans la Relation, p. 295.

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