CHAPITRE XIII
La Trappe se consolide et grandit aux yeux du monde par la dernière faveur et la bienveillance du roi; la plaie que l'abbé de Rancé avait à la main s'envenime; il faut lui faire une seconde opération; pèlerinage de Bossuet (1695).
Un seul mot bienveillant de Louis XIV pour quelqu'un, faisait, en quelques jours, tout le tour de la France. Ce qu'il avait dit de l'abbé de Rancé et de la Trappe se sut bientôt partout. Les ennemis de cette maison furent consternés : ils la voyaient maintenant soutenue de la main du grand roi. La réforme cistercienne avait pour appui le premier sceptre du monde. Le relâchement désespéra alors de triompher de la Règle, le mensonge de la vérité, les intrigues de la simplicité, les calomnies de l'innocence. Critiques, censures, libelles, diffamations, amis, crédit, on avait tout employé pour que l'œuvre de l'abbé de Rancé pérît avec lui ; et la voilà qui allait se perpétuer indéfiniment après lui, par la nomination d'un successeur.
Ceux qui désiraient aller à Dieu par la voie étroite de la pénitence, ne furent plus retenus par la crainte d'un changement et même d'un bouleversement qui serait certainement arrivé à sa mort. La maison fut remplie de postulants de tout âge et de toute condition; jamais, depuis l'établissement de la Réforme, la grâce de la vocation n'avait été si fé-
(1) 11 mourut le 19 décembre 1695. (Voir la Liste des Religieux morts à la Trappe, par le chevalier d'Espoy, p. 380.)