‹ Histoire de l'abbé de Rancé et de sa réformeChapitre 3 sur 445 · II · texte numérisé non relu

II

sa démission pour finir ses jours à la Trappe. Son successeur voulut se préparer à entrer dans ses fonctions, en venant dans cette solitude puiser, comme à leur source, les vertus monastiques. Il s'appelait Claude Le Maître (1), religieux savant et pieux, d'un bon sens et d'un goût parfait. Tout ce qu'il entendit des saintes instructions que l'abbé adressait à ses frères, dans le Chapitre, sur les devoirs de leur profession, lui parut si solide, si lumineux, si énergique et, en même temps, si plein d'onction, qu'il regretta qu'on n'eût pas encore songé à les recueillir par écrit pour les conserver. Il communiqua sa pensée et son désir à l'abbé lui-même, et quoiqu'il se bornât à ne lui demander qu'un simple recueil, en forme de catéchisme, il ne put l'obtenir.

Plusieurs années après, Dom Rigobert, son secrétaire, son prieur, son ami , étant à l'infirmerie avec lui , ne cessait de le conjurer de ne pas résister plus longtemps à la prière que l'abbé de Châtillon lui avait faite autrefois. Il lui représentait qu'il ne pourrait bientôt plus instruire ses chers enfants au Chapitre, à cause de ses infirmités toujours croissantes; qu'il ferait alors pour eux, par ses écrits, ce qu'il ne serait plus capable de faire de vive voix, et qu'ils auraient de la sorte le bonheur de profiter toujours de ses leçons, et même de l'entendre encore parler après sa mort, Cette dernière considération le détermina.

Il n'avait jamais écrit ses conférences; seulement, comme il avait une profonde vénération pour les divines Écritures et un grand respect pour les SS. Pères, il se serait très sévèrement reproché de ne pas reproduire avec la plus scrupuleuse fidélité les passages qu'il leur empruntait, et il les transcrivait sur de petits carrés de papier. Cela resta plus de quatorze ou quinze ans dans ses cartons, sans prendre d'autre forme, et sans qu'il eût la moindre pensée d'en faire quelque chose de suivi. C'étaient autant de pierres, autant de débris épars qu'il fallait ramasser et coordonner. Il vit que le travail était immense; et il était sur le point de l'abandonner, lorsqu'on vint lui dire qu'un de ses religieux avait pris, pour son usage et son édification, beaucoup de notes en l'entendant au Chapitre. Il se les fit apporter, et, à l'aide de ces matériaux, il commença une nouvelle rédaction qu'il dictait à Dom Rigobert; mais il lui survint tant de lumières, il trouva tant de preuves si solides, tant d'autorités si imposantes, tant de Juchants exemples; il eut surtout des aperçus si neufs et si frappants sur es causes des désordres des cloîtres, qu'il fut forcé de donner à son sujet de plus grandes proportions, et qu'il se décida à le traiter avec tout le

(1) Elu abbé le 26 octobre 1669, il ne prit possession qu'en 1671, et mourut le 7 août 1693. {GalL christ., t. X11I. p. 1326.)

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