‹ Histoire de l'abbé de Rancé et de sa réformeChapitre 314 sur 445 · LIVRE XI, CHAPITRE III · texte numérisé non relu

LIVRE XI, CHAPITRE III

donner de pieuses images et des sentences aux personnes qu'il dirigeait dans le monde. Tantôt il adresse une Sainte-Marie-Egyptienne à la duchesse de Guise : « J'envoie, Madame, à V. A. R. l'image d'une sainte; si vous n'êtes pas obligée de la suivre dans le fond de sa caverne, vous devez au moins l'imiter dans ce repos et cette tranquillité dans laquelle elle passait les jours, puisque la paix du ciel n'est que pour ceux qui l'auront conservée sur la terre (1). » Tantôt c'est un Saint-Augustin : « J'ai bien de la joie, lui écrit-il, que V. A. R. ait trouvé à son gré le Saint-Augustin et la sentence que je lui ai envoyés; c'est un effet de la disposition où elle est d'aimer tout ce qui lui parle de Dieu (2). »

On sait qu'au nouvel an les gens du monde font assaut entre eux de politesse et de protestations souvent aussi vaines, aussi vides que les formules qu'ils emploient. Voici comment l'abbé de Rancé parle à la duchesse de Guise en cette circonstance. Il procède à la manière de saint Jérôme, à la mode du désert; il passe à pieds joints par-dessus les compliments, c'est-à-dire les flatteries et les mensonges; il va de suite au fond de la réalité; il entre dans le vif de notre destinée. « Après avoir offert à Dieu V. A. R., ce premier jour de Tannée, la première pensée qui m'est venue a été de lui écrire, et de lui dire ce qu'elle sait bien sans doute, que Jésus- Christ n'a ouvert qu'une voie pour conduire tous les hommes au bonheur qu'il leur destine : c'est celle des contradictions et des croix. Elle est pour les princes comme pour les bergers, et la foi nous apprend qu'il n'en exempte personne; et s'il y avait quelqu'un ici-bas qui y vécût dans une prospérité si entière qu'elle ne fût jamais ni interrompue ni troublée, son état ferait peur; car on n'y verrait point le caractère qui distingue les élus de ceux qui ne le sont pas Il faut que vos mérites s'accroissent à mesure que vous avancez dans la vie. V. A. R. ne trouvera point à redire à ma liberté, puisqu'elle m'a ordonné bien des fois de lui dire les pensées qui me viendraient sur son sujet, et que je n'en crois point qui soit plus dans l'ordre de Dieu ni plus conforme aux desseins qu'il a sur elle. Je le prie, Madame, qu'il multiplie vos jours et qu'il vous accorde une protection si puissante, que, pour me servir des termes de l'Ecriture, vous alliez de vertu en vertu, comme d'années en années (3). »

Pour étrennes, il lui envoie en même temps une image avec quelques saintes paroles.

Jamais un prêtre, jamais un moine ne doit donner une chose vulgaire,

(1) Lettres de pieté, t. II, p. 169.

(îj Collection Hattingaia, lett. 15.

(S) Lettres de piété, t. II, p. 80.

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