‹ Histoire de l'abbé de Rancé et de sa réformeChapitre 32 sur 445 · L1VHE VII, CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

L1VHE VII, CHAPITRE VI

trouvé de réfuter ceux qui prétendaient que les Observances des Chartreux s'étaient affaiblies dans la suite des temps (1).

A l'apparition de ce livre, les amis de l'abbé de Rancé lui persuadèrent qu'il paraîtrait renier, aux yeux des gens de bien , les vérités qu'il avait avancées, s'il les laissait attaquer impunément en gardant le silence. Il crut devoir les maintenir dans une pièce intitulée : Lettre à un évêque, pour répondre aux difficultés de Dom Innocent Le Masson, général des Chartreux, au sujet des allégations faites de leurs anciens statuts dans le livre de la Sainteté et des Devoirs de la vie monastique (2).

«Je vois bien, Monseigneur, disait-il, que l'éclaircissement que vous me demandez sur ce que j'ai écrit touchant l'Ordre des Chartreux, dans le livre de la Vie monastique , n'est pas l'effet d'aucun doute que vous ayez de ma sincérité; mais plutôt une marque du désir que vous avez de me justifier de ce que l'on m'impute : que je n'ai parlé d'eux , dans cet ouvrage, qu'afin de diminuer de cette estime si générale qu'ils ont eue jusqu'à présent dans le monde, et de faire remarquer dans leur Observance des changements, des affaiblissements qui n'y sont point et qui n'y ont jamais été; c'est-à-dire, Monseigneur, que vous voulez que je vous donne des armes pour me défendre-

« Il est vrai que j'ai vu, jusqu'ici, avec patience tout ce qu'on a pris plaisir de répandre parmi le monde pour rendre ma bonne foi suspecte; mais ayant appris depuis peu qu'il courait un écrit, par lequel on veut faire croire que je me suis mécompte de tout ce que j'ai pu dire des Chartreux, je crois que personne ne peut trouver à redire que je m'explique sur cette matière, et que je mette ma justification entre vos mains. Vous êtes le maître de l'écrit que je vous envoie, je vous laisse la liberté de le faire voir à ceux que vous jugerez à propos de le communiquer. »

Il avoue que ce qui l'a porté à parler de la pénitence des Chartreux, c'est que son dessein était de faire comme une chaîne et une tradition de l'austérité qui s'était pratiquée dans l'état monastique depuis son origine juqu'au temps présent, et il déclare qu'il ne lui est pas venu dans la pensée : que la différence qui se peut rencontrer entre ce qui s'y pratique aujourd'hui et ce qui s'y pratiquait autrefois, dût l'obliger à cacher les dons de Dieu et à taire les merveilles qu'il avait opérées

(1) « Tertia denique causa est, opinio quae quorumdam auimos subintravit de diuriuutione Observantiae Cartusiauœ quatn dégénérasse putant a primaevo instituti Cartus. proposito. »

(2) Cette lettre n'a été reproduite fidèlement et intégralement que dans les Nouvelles de la République des lettres, par J. Bernard; mois de mai 1710, p. 483, et juin même année, p. G28.

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