‹ Histoire de l'abbé de Rancé et de sa réformeChapitre 33 sur 445 · II · texte numérisé non relu

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50 HISTOIRE DE i/aBBÉ DE RANGÉ.

II prouvait ensuite que l'édition des anciens statuts de Guigues (Bâle, 1510), dont il s'était servi, était authentique et véritable : qu'elle contenait les vrais statuts et non les usages compilés plus tard; qu'il n'avait rien dit qui n'y fût conforme : sur les limites des possessions resserrées primitivement dans l'enclos du monastère; sur l'abstinence au pain et à l'eau, le lundi, le mercredi et le vendredi; sur l'usage du vin el du poisson. Il comparait ses citations à l'original, et il était évident qu'elles étaient fidèlement extraites (1).

« Si l'on dit encore, ajoutait-il, que nous avons avancé sans raison que l'Ordre des Chartreux s'est ressenti de l'inconstance des choses de la terre, qu'on lise ce qu'en a écrit saint Bernard au pape Eugène : « Ceux qui nous tentent ne sommeillent ni ne dorment. Quelles nouvelles tempêtes n'ont-ils point excitées dans les montagnes ? Quelles embûches n'ont-ils point dressées dans le désert? Les Chartreux ont été troublés. Ils se sont vus étourdis et chancelants comme des gens ivres, et toute leur sagesse s'est évanouie. 11 faut que vous sachiez, Saint-Père, que c'est l'ennemi qui a fait le mal, et qu'il dure encore. Il espère qu'il engloutira toute cette sainteté, et vous savez que ce lui serait un morceau délicat. Il en a déjà rendu prévaricateurs, et il se sert d'eux pour attaquer par une guerre domestique et intestine ceux qu'il ne pouvait surmonter par lui-même (2). » « L'historien qui a raconté la vie de saint Anthelme, élu prieur de la Grande-Chartreuse peu de temps après Guigues, rapporte qu'il prenait un soin extrême de réparer les ruines de cette maison , où la discipline s'était bien relâchée. Non erat is qui ante fuerat religionisfervor.

« Voici comment un autre prieur, Dom Riffer, s'exprimait en plein Chapitre au XIIIe siècle : « N'avons-nous pas sujet de craindre le jugement de Dieu, nous qui, contre sa défense, avons transféré les bornes que nos fondateurs nous avaient prescrites? Si quelqu'un en doute, qu'il lise et relise les statuts de Dom Guigues, et il verra combien noire présente

manière de vivre est différente de celle de nos pères On a fait des

règlements sur la curiosité et la dépense dans les habits et les montures; on a averti, on a menacé; mais il n'y a point eu, ou très peu d'amendement : au contraire, plusieurs se roidissent contre la défense, et méprisent l'esprit de notre Institut, qui est un esprit d'humilité, de pauvreté, d'abjection. Ils ont oublié la sainte rusticité de notre Ordre, et ont intro-

(1) Voir, dans le livre précité, la lettre de l'abbé de Rancé, depuis la page 508 jusqu'à la page 514. La réfutation ne laisse rien à désirer.

(2) Ad Dom Pap. Eugen. Epist. 270.

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