LIVRE XI, CHAPITRE VI. ol
Toutefois, cependant, il ne fallait pas que M. de Tillemont et ses amis pussent s'autoriser de son silence, et il crut devoir répondre de la manière la plus brève et la plus sèche. « Monsieur, j'ai fait toute l'attention possible sur la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire, et je vous dirai qu'après avoir examiné sérieusement toutes les raisons, et les avoir pesées devant Dieu avec une application toute particulière, bien loin qu'elles m'aient causé le moindre doute et le moindre scrupule sur ma conduite passée à l'égard des choses dont vous me parlezje me suis trouvé au contraire plus affermi que jamais et tout à fait persuadé que je suis en cela la volonté de Dieu. Ma conscience, après l'avoir consultée, ne me dit autre chose par tous ses mouvements, sinon que j'y dois persévérer jusqu'à la mort. J'ai bien du déplaisir de ce qu'il ne m'a pas été possible d'entrer dans vos sentiments (1). »
Toute la grande lettre était comme ramassée et concentrée dans cette petite, qui n'en était que plus accablante. Les Jansénistes, qui s'attendaient à une réponse qu'ils espéraient pouvoir enfin montrer, furent grandement déçus. Ils virent bien qu'il ne feraient jamais tomber dans leurs pièges un homme qui repoussait si impitoyablement leurs éloges empoisonnés, et sur lequel leurs calomnies et leurs injuresvenaient se briser, selon son expression déjà citée, comme des pelottes de neige contre un rocher.