‹ Histoire de l'abbé de Rancé et de sa réformeChapitre 326 sur 445 · LIVRE Xi, CHAPITRE VI. ol · texte numérisé non relu

LIVRE Xi, CHAPITRE VI. ol

Ils citaient d'abord une lettre de M. Ragot, archidiacre d'Aleth, et exilé à Concarneau, en Basse-Bretagne, pour les affaires ecclésiastiques du temps, et dont le témoignage n'était d'aucune valeur, puisqu'il venait déposer dans sa propre cause. « Au reste, disaient-ils en finissant, on peut consulter M. de Roquetaillade, ancien précepteur des enfants de M. de Conti, qui, après la mort de ce prince, est allé passer quelques jours à la Trappe, et M. Le Moine, qui y est allé aussi, et qui ont eu des conférences à ce sujet avec l'abbé. »

On présentait aussi une lettre de la princesse de Condé à sa tante, l'abbesse de Maubuisson , qui était favorable aux explications des Jansénistes. Mais ces derniers eurent beau faire et beau dire, on ne crut point alors, et on n'a jamais cru depuis, que le prince de Conti, à ses derniers moments, aurait fait venir de loin un évêque qui avait été son directeur spirituel, pour lui demander seulement s'il fallait qu'il mourût gouverneur du Languedoc.

Depuis longtemps les Jansénistes avaient annoncé, sous forme de menace (1), que si on les y forçait , ils publieraient un grand nombre de pièces émanant de l'abbé de Rancé qui prouveraient [qu'il avait été leur ami et leur partisan. L'occasion était on ne peut plus belle de le mettre en contradiction avec lui-même. Ils ajoutèrent donc à leur volume vingt-sept de ses lettres : ce devait être le coup de massue de la fin. Elles étaient adressées à Arnauld, le célèbre docteur; à d'Andilly, son frère; à M. de Sacy, à la Mère Agnès, carmélite; à Mme de Saint-Loup, à Nicole, à la Mère abbesse de Port-Royal, etc. Pour bien en apprécier la portée, il faut en lire les dates, et on verra qu'elles ont été écrites presque toutes de 1672 à 1676, c'est-à-dire dans ces trop courts moments qui suivirent la paix de Clément IX. Elles ne contiennent que des formules banales de politesse dont on ne peut tirer aucune conséquence, ou des remerciements et des éloges au sujet d'ouvrages écrits dans un esprit catholique et pour la défense de l'Église, dont on lui avait fait hommage (2).

Personne ne connaissait mieux que Bossuet tout ce qui s'était passé dans l'Église de France depuis cinquante ans, et n'était plus capable d'en juger; or, voici ce que raconte Le Dieu dans son Journal : « Il court une lettre faite par M. de Rancé, abbé de la Trappe, sur l'esprit d'opposition et la conduite des Jansénistes; elle explique à merveille quelle doit être la soumission entière aux décisions de l'Église... Lorsque j'en fis lecture à

(1) Nouvelles- ecclés. du XVII* siècle, MS., Orat., 146 (Biblioth. hnp.).

(2) Le petit vol. in-12, d'où nous avons extrait presque tout ce que nous venons de dire, est curieux et assez rare. On peut le trouver à la Biblioth. de l'Arsenal, sous le no 21,891.

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M. de Meaux, il lui échappa ce mot : « Tout cela est vrai, et ce qui regarde aussi M. Arnauld. Il voulait tout décider dans l'Eglise ; mais je n'ai jamais voulu rien dire ni m'expliquer sur son sujet; cela ne sert de rien. » Nous ne sommes pas de cet avis, et nous croyons que, quand on est Bossuet, on ne dit et on n'écrit rien qui ne puisse beaucoup servir la cause de la vérité. M. Le Dieu ajoute : « Ce mardi 13 février 1703, M. Pirot est venu voir M. de Meaux. Après diner; en lui donnant la lettre (encore manuscrite) de M. de la Trappe contre les Jansénistes : — N'allez pas au moins nous déceler, lui dis-je, car vous voyez souvent des Jansénistes à l'archevêché, qui ne seront pas contents de cette déclaration-ci.— Ne craignez rien, m'a-t-il répliqué, je ne me vanterai pas d'avoir cette pièce, et bien moins auprès des Jansénistes dont vous me parlez.. . - Le lendemain, continue Le Dieu, M. Dodart (janséniste), médecin du roi, est venu voir dès le matin M. de Meaux (malade); au sortir, je lui ai parlé de la lettre de feu M. de la Trappe; il en nie tous les faits, et ceux qui regardent M. d'Aleth... Je suis rentré pour raconter tout cela à M. de Meaux, qui s'est bien moqué de la variation de M. d'Aleth, qui, dit-il, n'a jamais eu une bonne raison à donner au public de son changement; que, pour M. de la Trappe, il était demeuré ferme dans la première pensée de signer purement et simplement (1). »

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