‹ Histoire de l'abbé de Rancé et de sa réformeChapitre 344 sur 445 · LIVRE XI, CHAPITRE X · texte numérisé non relu

LIVRE XI, CHAPITRE X

jours, mais par les heures de son épiscopat qui dura vingt-sept ans (1). Il se distingua par les efforts qu'il fit pour tempérer les rigueurs de la cour envers les protestants de la Vendée. A Paris , il allait voir et consoler ceux qui étaient détenus à la Bastille et demandait leur grâce (2).

Son zèle pour le renouvellement de la discipline et de la régularité sacerdotale était admirable. Il rétablit les retraites ecclésiastiques annuelles qui n'existaient plus : la vie qu'il menait alors au milieu de ses prêtres rappelait saint Charles. Borromée. Il voulait faire marcher de front dans son clergé la science et la vertu. De toutes les œuvres de son épiscopat, la plus belle et la plus difficile fut l'institution des Conférences sur le plan qu'il en avait dressé de concert avec l'abbé de Rancé (3). Celui-ci ne manqua pas de le faire sortir du cercle des conceptions étroites et vulgaires, et de le mener, selon son habitude, vers les hautes sources. Il y avait dans le règlement deux ou trois articles qui venaient évidemment de la Trappe : La Conférence se tiendra à V église... On ne boira ni on ne mangera ensemble au jour et au lieu de la Conférence, si ce n'est que ceux qui viennent de loin eussent besoin de prendre quelque chose, auquel cas, ils le feront en particulier, et non en compagnie (4).

Assurément, on ne pouvait faire davantage pour que la Conférence restât une chose sacrée, en dehors de tout élément humain, que de la placer en face du Saint des Saints, dans le sanctuaire même, que de mettre l'une à côté de l'autre les deux tables, celle du Verbe et celle de l'Hostie. L'abbé de Rancé n'ignorait pas non plus, et il en avait fait la plus triste expérience, combien, jusque dans les réunions les plus saintes et les plus respectables, il est facile de s'oublier, si on n'y prend garde. Il ne permet donc que le rafraîchissement de la charité; il supprime hardiment le modeste repas pour qu'il ne dégénère pas en festin, et que le festin ne dégénère en autre chose. Car alors, la chair tuerait l'esprit, et il ne resterait plus rien de la Conférence que le nom (o).

M*r de Luçon visitait chaque année, après ses tournées de confirmation, une partie des Conférences de son diocèse, pour voir par lui-même ce qui s'y passait (6). II y assistait, interrogeait, se laissait interroger ; c'était le synode de la primitive Église. Il y avait dans la ville épiscopale un comité

(1) Il suffit de jeter les yeux sur sou Journal.

(2) Journal de sa vie, p. 20, et les notes de M. E. des Nouhes.

(3) C'est ce que nous lisons dans plusieurs de ses lettres.

(4) Règlements des Conf. ecclés. du dioc. de Luçon, au commencement du 1er volume (art. 3 et 4).

(5) Lettre de L'abbé de Rancé à M«r de Luçon.

(6) C'est ce qu'on lit dans son Journal. — M. Du Nos, archidiacre de Luçon, dit que c'était seulement tous les deux ans.

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