‹ Histoire de l'abbé de Rancé et de sa réformeChapitre 345 sur 445 · II · texte numérisé non relu

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central chargé de recueillir tous les travaux particuliers, d'en extraire ce qu'il y avait de plus instructif et de plus pratique, d'en faire un corps de doctrine, de le publier de temps en temps et d'en envoyer un exemplaire à tous les curés. Le ruisseau retournait ainsi à sa source ; le rayon de lumière venait du clergé paroissial à l'évêque, et de l'évêque, il se répercutait en mille reflets sur tout le diocèse. C'était là, il faut bien l'avouer, une noble et haute pensée. Les règlements étaient bien quelque peu sévères, mais c'est comme cela que se font les grandes choses. L'abbé de Rancé qui était l'inspirateur de toutes ces œuvres savait bien qu'en cédant, qu'en mollissant, bien loin de se conserver, on se perd et avec soi les institutions. Au lieu de côtoyer timidement les rivages, il lança son ami en pleine mer. Il a réussi : l'épiscopat de Mgr de Barrillon qui se rattache intimement à la Trappe fut un des plus féconds et des plus saints de ce temps ; les Conférences de Luçon seront toujours, pour l'Écriture-Sainte surtout, un monument de la science ecclésiastique au XVIIe siècle (1).

Ce fut, comme nous l'avons dit, après une retraite qu'il avait faite à la Trappe avec Bossuet, que M?r de Chavigny, évêque de Troyes, prit la résolution de renoncer à l'épiscopat et de s'enfermer dans une cellule de Chartreux (2).

M*T de Lascaris d'Urfé, évêque de Limoges, ayant pris possession de son siège en 1677, vint passer quelque temps près de l'abbé de Rancé. A son retour, il ne voulut pas rentrer dans son palais épiscopal ; il en fit fermer les portes et se retira dans son séminaire pour y vivre, comme dans les temps antiques, en communauté avec ses clercs. Il n'en sortit plus jamais. Là, au milieu de ses enfants, il était témoin de leur vie et ils étaient témoins de la sienne; il les gardait et il en était gardé. Nul évêque ne s'occupa davantage de son diocèse, nul ne le visita avec plus de fruit et de bénédiction, ne jeta plus d'aumônes dans le sein des pauvres, ne fit plus de pieuses et charitables fondations, ne se signala par plus de bonnes œuvres pendant dix-huit ans d'épiscopat (3).

Nous ne devons pas oublier ici M§r de Taffoureau de Fontaine, évêque

(1) Elles se composent de douze ou quatorze volumes, selon les éditions. Celle que nous avons sous les yeux est de 1703, et c'est la cinquième. (14 vol. in-8°, Paris, Ant Dezallier.)

(2) 11 en sortit plus tard. — a Secessit in seminarium ; majoris quoque solitudinis amore cellulam sibi contraxit in Trecensi Cartusianorum monasterio. (Gall. christ., t. XII.)

(3) Nous avons retrouvé plusieurs fragments de lettres adressées par lui à l'abbé de Rancé, qui nous ont servi pour écrire ces quelques lignes. Ce témoignage est confirmé par le Gall. christ., t. II, p. 544: « Relicto palatio epîscopali in seminario manere elegit ubi perseveravit usque ad obitum, etc. »

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