LIVRE XI, CHAPITRE XII
rôles de quoi composer des volumes entiers, et que vous vous êtes expliqué d'une manière si pressante, qu'elle ne reçoit point de réponse. Nous ne cessons point, Monseigneur, d'élever nos vœux vers le Ciel, pendant que vous combattez pour l'intérêt et pour la défense de la vérité, et de lui demander qu'il vous comble de toutes les grâces et des bénédictions qui vous sont nécessaires dans une occasion de cette importance.
(( Je vous supplie très humblement de croire que vous me serez présent devant notre Seigneur Jésus-Christ tous les jours de ma vie, et qu'il ne s'en passera pas un seul que je ne vous offre à lui avec toute l'application qui sera en mon pouvoir ; c'est de quoi je m'acquitterai avec d'autant plus de soin, que je n'ai que ce moyen de vous donner des marques de ma fidélité et de mon profond respect (1). »
Nous ne savons si M*r de Noyon exécuta le projet qu'il avait formé d'aller à la Trappe, et si l'abbé de Rancé eut le bonheur de recevoir cette double bénédiction, à laquelle il attachait un si grand prix: nous disons cette double bénédiction, car c'est être béni deux fois que de l'être par un évêque qui est notre ami. Quoi qu'il en soit, la lettre pastorale du prélat fut accompagnée d'une autre qui lui servait de complément et d'explication, et que l'on supposa assez généralement dans le monde être l'œuvre de l'abbé de Rancé. M. Nicaise envoya ces deux pièces à Leibnitz, qui répondit : « Je voudrais qu'on s'expliquât plus amplement que ne l'a fait M«r de Noyon, et qu'on marquât mieux les limites de la vérité et de l'erreur. Cependant la lettre attribuée à M. l'abbé de Rancé y sert en partie, et peut-être que M. de Noyon a voulu s'y rapporter, c'est pourquoi
ces deux lettres paraissent à la fois Celle de M. de la Trappe est fort
solide, à mon avis ; on y découvre fort bien l'illusion de l'union continuelle prétendue, fondée sur l'inaction, puisque c'est plutôt par des actes et exercices fréquents de vertus divines que nous devons maintenir notre union avec Dieu pour montrer et fortifier l'habitude de ces vertus qui nous
y unissent (2) . »
C'était pour la troisième fois que le nom de l'abbé de Rancé arrivait jusqu'à Leibnitz, et pour la troisième fois, il l'accueillait avec éloge et une sympathie marquée.
(1) Portefeuille du R. P. Léon, de Sainte-Catherine, année 1697 (lettre inédite).
(2) Gollect. Nicaise, t. IV, p. 149 (lett. inédite).