‹ Histoire de l'abbé de Rancé et de sa réformeChapitre 356 sur 445 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

Santeuil fait un pèlerinage à la Trappe; il est touché de tout ce qu'il y voit; il meurt à Dijon quelques jours après; les adversaires de Fénelon ne cessent de lui opposer le témoignage de l'abbé de Rancé ; ils voudraient même engager ce dernier dans un écrit public ; il s'y refuse (1697).

L'abbé de Rancé, avec ses tumeurs et ses plaies, avait beaucoup souffert du grand froid de l'hiver précédent. La belle saison ne lui avait apporté aucune espèce de soulagement. « J'ai toujours, écrit-il le 24 juin, une fluxion sur le bras et sur la main droite, qui m'en ôte entièrement l'usage depuis près de trois ans... » Le 3 août suivant, il raconte à un de ses amis que ses incommodités et ses douleurs augmentent sans cesse, qu'il souffre les jours et les nuits, et qu'il peut dire, comme saint Bernard, que le sommeil s'est enfui de ses paupières, recessit somnus ab oculis meis. « Je ne dis pas cela pour me plaindre, ajoute-t-il, Dieu m'en garde! Je l'envisage, au contraire, comme des grâces que Dieu me fait sur la fin de mes jours. La seule chose que j'ai à désirer est qu'il me donne la patience dont j'ai besoin pour en faire un saint usage... On ne peut la perdre sans lui déplaire (1). »

Les plus hautes intelligences , les plus nobles cœurs, les pécheurs et les saints se sentaient attirés vers la Trappe : les uns pour sortir du péché, les autres pour se fortifier dans la vertu. Santeuil , alors le prince du Parnasse latin, y vint aussi à son heure et à son tour. Ce n'était pas assurément un ecclésiastique scandaleux , mais il aimait le monde plus qu'il ne convient à un homme du cloître et du sanctuaire. Il chantait la religion sans beaucoup la pratiquer; il célébrait les vertus des Saints sans trop se soucier de les imiter. Quoique d'une santé robuste et florissante, il touchait à ses derniers moments. On était au commencement de juillet , et les premiers jours d'août suivant, la mort l'attendait à Dijon dans une coupe empoisonnée au milieu d'un festin , comme Alexandre à Babylone.

L'abbé de Rancé lui avait souvent donné les plus salutaires conseils ; il avait beaucoup prié et fait prier pour lui (2). Dieu qui poursuit partout et jusqu'à la fin le pécheur de ses miséricordes infinies , lui donna le désir d'aller se recueillir dans la sainte maison qui lui avait inspiré ses plus beaux

(1) Gollect. Nicaise, lett. 102 et 103.

(2) C'est ce que nous voyons dans plusieurs lettres de la Collection Nicaise, t. V.

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