‹ Histoire de l'abbé de Rancé et de sa réformeChapitre 365 sur 445 · LIVRE XI, CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

LIVRE XI, CHAPITRE XV

Il revint en effet, mais fermement résolu de mettre la main à l'œuvre de sa conversion. Il se disposa par un examen sérieux à faire une eonfession générale. Après avoir écrit ses péchés, il les lut et relut en versant beaucoup de larmes. « Que Dieu est bon, s'écriait-il, si j'étais mort en cet état, je serais éternellement damné! » Il se confessa à un curé du voisinage, très pieux et très instruit, que l'on fit venir pour lui. Cette confession, qui dura plusieurs jours, étant finie, l'abbé de Rancé vint le visiter dans sa chambre, à l'appartement des hôtes. Sitôt qu'il l'aperçut, il courut l'embrasser en pleurant, et lui protestant qu'après Dieu il lui devait son salut; ils mêlèrent leurs larmes; le confesseur et M. de Saint-Louis, présents à cette scène, firent de même. On lui remit à son départ un règlement de vie, et il s'en retourna dans son château de Gournay, en bénissant Dieu de l'avoir conduit dans cet asile de bénédiction et de salut (1).

M. le capitaine d'Hérouville était dans un état bien plus désespéré que le Commandeur de Laval, lorsqu'il vint faire une retraite à la Trappe ; il avait beaucoup de dettes à payer aux hommes et bien davantage encore à Dieu ; mais Dieu n'était pas celui de ses créanciers qui le tourmentait le plus. Enfin, il s'humilia, il pria, il pleura; il fit tout ce qu'il put, et on eut pitié de lui sur la terre et au Ciel (2).

Le comte d'Aubigné, dont les folles prétentions et la conduite peu régulière causaient tant d'embarras et de tourments à Mme de Maintenon, sa sœur, y fut aussi envoyé pour s'y recueillir (3), et, s'il n'en sortit pas meilleur, il eut au moins le désir de l'être, et il le devint plus tard, quoi qu'en dise Saint-Simon (4).

Il y en avait qui, après quelques vagues retours sur eux-mêmes, après avoir fait les premiers pas, se décourageaient et s'en allaient comme ils étaient venus; mais une fois rentrés dans le monde, le souvenir de la Trappe les poursuivait, la grâce revenait à la charge, et ils achevaient ce qu'ils avaient commencé. Nous en avons un exemple dans la personne du marquis de Ganges, brigadier des armées du roi et colonel des dragons.

Il était venu à la Trappe et il en était parti sans avoir pris aucune résolution sérieuse; mais, de retour dans son régiment, il réfléchit sur l'état de son âme, s'adressa à l'abbé de Rancé, et, après en avoir reçu deux ou trois lettres, ce ne fut plus le même homme. Il répondit à la première : « Avant que j'eusse l'honneur de vous écrire, j'étais très chancelant et je ne pou-

(1) Le Nain, t. H, p. 402.

(3) Id., p. 404.

(3) C'est ce qu'on lit dans une lettre de Mrae de Maintenon , que nous avons déjà citée.

(4) Voir Dict. hist., t. V, p. 453.

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