LIVRE XII, CHAPITRE III
les raisons que Dom Armand-François avait eues de se démettre (1). « Dieu a mis dans son cœur, écrivait-il, un sentiment si vif de passer ses jours et de les finir dans une retraite profonde, et de renoncer à tout ce qui peut l'en distraire et lui causer la moindre dissipation , qu'il ne peut pas demeurer chargé plus longtemps d'un poids qui l'accable de peines et de soins.
« Je n'ai point voulu écrire au roi sur le sujet d'un successeur ; mais si Sa Majesté vous en parle, ou si vous voulez bien, Monseigneur, avoir la bonté de lui en dire un mot, marquez-lui , je vous prie, que j'ai des religieux capables de conserver dans la maison toute la piété et l'édification qui y a été jusqu'à présent, avec tout l'exemple et l'exactitude possibles, et que je suis tellement comblé des grâces qu'il m'a faites et de toutes les marques qu'il m'a données de sa bonté, que je ne pense à rien davantage qu'à les reconnaître devant Dieu par de continuelles prières (2). »
L'archevêque étant allé à Versailles le 5 août, présenta le paquet au roi, comme il allait à la messe. Sa Majesté le mit dans sa poche en disant qu'il y penserait. Le soir, le roi consulta le P. de la Chaise sur ce qu'il fallait faire. « Celui-ci, qui était bon homme, dit Saint-Simon, ne douta point que cette démarche de l'abbé de la Trappe ne fût le fruit des deux lettres que coup sur coup il lui avait écrites (au sujet de l'Estrées), tellement que, séduit par la lettre qu'il avait reçue de l'abbé de Rancé lui-même, il fut d'avis qu'on ne devait point recevoir la démission (3). » Le roi y consentit. « Mais, ajouta-t-il, mandez-lui qu'il ne fasse plus de fondations sans ma permission (4). »
Cette décision dut être agréable au nouvel abbé : elle déconcerta ses adversaires, au moins pour un instant.
(1) Maupeou, Vie de M. l'abbé de la Trappe, t. II, p. 269.
(2) Nous avons une copie de cette lettre sous les yeux.
(3) Mémoires de Saint-Simon, t. II, p. 224.
(4) Jugement critique, p. 479.