‹ Histoire de l'abbé de Rancé et de sa réformeChapitre 385 sur 445 · II · texte numérisé non relu

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de Rancé pour l'entretenir et s'assurer de l'état de son esprit que quelques-uns disaient fort affaibli ; il le trouva parfaitement sain, vif, pénétrant et solide; il sortit charmé. Une heure après, l'abbé de Rancé le rappela, cacheta sa lettre en sa présence, et la lui ayant remise, il partit de la Trappe, sans que personne se doutât qu'il y fût venu (1).

La réponse fut que dans l'état où étaient actuellement les choses, il fallait maintenir la démission de Dom Gervaise et mettre à sa place Dom Malachie (2).« C'était, dit Saint-Simon, un ancien et excellent religieux, fort éprouvé dans les emplois de la maison. » L'abbé de Rancé savait que sa nomination rencontrerait de grandes difficultés ; il écrivit ce jour même, 3 décembre, à l'archevêque de Paris, pour la lui recommander : « Je vous dirai, Monseigneur, que si vous le jugez à propos, et que vous trouviez occasion de le faire, vous pouvez nommer au roi Dom Malachie, comme un sujet capable de s'acquitter avec édification de la conduite de la Trappe : il est non seulement des plus anciens de profession, mais il a particulièrement conservé le premier esprit que Dieu y a mis. J'attends tout de la piété de Sa Majesté, de votre charité et de vos soins. Seulement, j'ai une grâce à vous demander, c'est que personne ne sache que je vous ai nommé Dom Malachie ; si j'avais jamais l'honneur de vous voir, je vous en dirais la raison. Comme vous en avez été informé d'ailleurs, et qu'on vous en a dit beaucoup de bien, ce vous est une raison de le proposer par vousmême (3). »

Ce prélat ne manqua pas sans doute d'intervenir adroitement en faveur du candidat que l'abbé de Rancé lui recommandait, mais ce fut en vain. On avait si bien réussi à rendre ce religieux suspect, que le Père de la Chaise, quoique revenu de très bonne foi sur le reste, ne voulut jamais consentir à sa nomination, sous prétexte qu'il était savoyard, et qu'il ne convenait pas à l'honneur de la France qu'un étranger fût abbé de la Trappe. Il écrivit donc par ordre du roi à l'abbé de Rancé de proposer trois sujets; c'est ce qu'il fit. Seulement au lieu de trois, il en proposa quatre, et toujours Dom Malachie le premier ; mais le roi choisit le second sur la liste (4). C'était Dom Jacques de la Cour, originaire de Soissons. Il était venu comme postulant à la Trappe, à l'âge de seize ans, mais sa santé ne lui ayant pas permis de supporter les rigueurs du régime, il s'était retiré

(1) Maupeou, t. II, p, 281 et 282; — Saint-Simon, t. II, p. 224 et suiv.

(2) Malachie Garnequin, profès le 4 novembre 1G82, mort en Italie le 12 août 1709, abbé de Buon-Solazzo. [Liste des relig. morts, p. 388.)

(3) Nous avons une copie de cette lettre.

(4) Mémoires de Saint-Simon, t. II, p. 224 et suiv.

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