‹ Histoire de l'abbé de Rancé et de sa réformeChapitre 396 sur 445 · II · texte numérisé non relu

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ceau de son pain, qu'il lui porta. Ayant fait cela sans la permission de ses supérieurs, sa conscience le lui reprocha aussitôt. Ces quelques miettes de pain soustraites secrètement lui pesaient comme une montagne. Ravi d'avoir une pareille occasion de s'abaisser, de se confondre aux yeux de ses Frères, il ne manqua pas de s'accuser au Chapitre, le lendemain, d'avoir volé du pain au réfectoire, et de l'avoir emporté dans sa cellule, sans dire ce qu'il en avait fait. Le maître des novices, ne croyant pas devoir lui demander d'abord d'autres éclaircissements, commença par l'humilier pro. fondement, en lui disant qu'il n'aurait jamais cru qu'un novice de la Trappe, pour contenter son appétit ou plutôt sa voracité, se serait rendu voleur; qu'une pareille faute méritait une pénitence de trois jours au pain et à l'eau. Cependant, comme il lui répugnait de le croire coupable à ce point, il lui ordonna, au nom de l'obéissance, de s'expliquer de nouveau. Ce fut alors qu'on apprit tout ce qui s'était passé.

Le colonel Grême était toujours à Saint-Germain et toujours protestant, soit qu'il crût ne pouvoir en conscience quitter la religion dans laquelle il avait été élevé, soit qu'il y fût retenu par un faux point d'honneur. Il eut au printemps le désir de voir son fils, et il se mit en route pour la Trappe vers la fin d'avril. Milord Perth le chargea d'une lettre pour l'abbé de Rancé, à la fin de laquelle, déplorant le malheur de ce gentilhomme, il s'écriait : « Plaise à Dieu que l'air de la Trappe puisse le guérir, et que l'exemple de son fils le décide à quitter ses erreurs ! » Ce vœu si ardent fut bientôt regardé comme une véritable prédiction. Le colonel se sentit d'abord ému et ébranlé de ce qu'il entendit de la bouche de l'abbé de Rancé (1). Il vit enfin son fils, et, ce qui le frappait le plus, c'était sa complète transformation. Il fut forcé d'avouer qu'un pareil changement était un grand miracle à ses yeux, et qu'il n'y avait que la véritable religion qui pût l'opérer. La conviction de son esprit passa bientôt jusqu'à son cœur, et il sortit de la Trappe résolu de rentrer dans le sein de l'Eglise.

II ne fut pas plus tôt de retour à Saint-Germain qu'il se fit instruire. La grâce divine s'était tellement rendue maîtresse de toutes les avenues de son âme, que la vérité y entra sans combat et sans opposition. Il annonça publiquement qu'il ferait son abjuration à la Trappe, le jour où son fils ferait sa profession.

Il y vint pour ce moment, accompagné de plusieurs gentilshommes anglais et du comte de Perth. La cérémonie avait été fixée au dimanche 31 octobre; ils arrivèrent la veille. Lorsqu on fut réuni à l'église; que les

(1) Il y a plusieurs Relations concernant Robert Grême, mais la plus complète est celle qui a été publiée chez Delaulne, 1705, petit in-8» de 88 pages. (Biblioth. Imp.)

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