‹ Histoire de l'abbé de Rancé et de sa réformeChapitre 40 sur 445 · LIVKE VII, CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

LIVKE VII, CHAPITRE VIII

La suite fit voir, bien mieux encore, que le doigt de Dieu était là : car la princesse étant persuadée, par la réponse de l'abbé de Rancé, que tout ce qu'elle lui avait écrit venait du Ciel, non seulement acheva ce qu'elle avait si bien commencé sous ses auspices, je veux dire sa conversion ; mais, soutenue par ses conseils et ses prières, elle mena depuis une vie véritablement chrétienne, rachetant ses péchés par ses aumônes, et se livrant à toutes sortes de bonnes œuvres (1), sans que les services et les soins les plus vils et les plus bas fussent capables d'effaroucher sa délicatesse et de faire reculer sa charité.

Ce fut pour obéir à l'abbé de Rancé qu'elle consentit à faire une relation de son retour à la religion de ses pères , et des moyens extraordinaires dont Dieu s'était servi pour l'opérer. Bossuet a dit : « Un saint abbé, dont la doctrine et la vie sont un ornement de notre siècle, ravi d'une aussi admirable et aussi parfaite conversion que celle de notre princesse, lui ordonna de l'écrire pour l'édification de l'Église. »

Plus tard , les incrédules ont ri de la pieuse simplicité de ceux qui avaient pris au sérieux tout ce que nous venons de raconter. Cependant, il est certain que la princesse palatine était une femme d'un esprit supérieur; et le cardinal de Retz a dit d'elle : « Je ne crois pas que la reine Elisabeth

d'Angleterre ait eu plus de capacité » Il est également certain que

l'abbé de Rancé, à qui elle avait confié ses pensées et ses sentiments, était un homme de beaucoup d'esprit. Quant à Bossuet, on croirait le dégrader en parlant de son esprit. Lorsque trois têtes aussi fortes se réunissent pour attacher une grande importance à un événement singulier, on peut penser qu'il y a bien de la grandeur dans une pareille simplicité.

Page 1