‹ Histoire de l'abbé de Rancé et de sa réformeChapitre 41 sur 445 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

On publie un affreux pamphlet contre l'abbé de Rancé; quel en était l'auteur (1685)

Dieu ne cessait de bénir l'abbé de Rancé et son œuvre, en lui envoyant des novices propres à la soutenir et à la faire prospérer. Le nombre en augmentait sans cesse, et les revenus de la maison ne croissaient pas en

(1) Elle avait fondé une espèce d'hospice pour y recevoir plusieurs vieilles femmes.

b2 HISTOIRE DE L ABBE DE RANCÉ.

proportion. Il lui fallut trouver quelques moyens de pourvoir à la subsistance de tant de monde. Il s'occupa d'abord du défrichement d'un champ inculte, depuis longtemps, et tout couvert de ronces et de bruyères. Ce fut un travail de trois ans entrepris par les religieux, et poussé sans interruption, malgré les vents, la pluie, le froid et la glace. On vit bien que le Ciel avait eu ce travail pour agréable : car ce terrain, d'environ cinq arpents, rendit abondamment à ces bons religieux, en proportion de leurs fatigues et de leurs sueurs. Il produisit suffisamment de légumes pour approvisionner tout le monastère. L'abbé de Rancé établit aussi des métiers pour faire des bas et des bonnets de laine; il y appliqua plusieurs Frères convers. Il faisait vendre ces objets au dehors, et acheter, avec l'argent qui en provenait, les denrées nécessaires à la vie (1). En cela, il agissait conformément à la Règle de Saint-Benoît, qui permet de vendre les ouvrages des Frères, mais à un prix un peu au-dessous de celui des marchands séculiers, afin d'éviter la tentation d'avarice, et de faire glorifier Dieu en toutes choses (2).

Pendant que ce fidèle et prudent dispensateur était tout entier aux besoins de sa maison, l'ennemi invisible lui suscita une nouvelle persécution. On attaquait plus que jamais son livre de la Vie monastique. Il prévoyait bien qu'après tant de sourdes rumeurs, tant de manœuvres ténébreuses, il y aurait une explosion publique et terrible. « Il y a grande apparence, écrivait-il deux ans auparavant, qu'après qu'on se sera plaint et que l'on aura grondé, il échappera quelque chose à la plume de quelqu'un qui se trouvera plus piqué et plus échauffé que les autres. Je ne crois pas que cela ébranle la solidité de l'ouvrage, étant appuyé, comme il est, sur la pierre ferme (3). »

Le 2 août 1684, il mandait à l'abbé Nicaise, avec une certaine satisfaction : « On fait une troisième édition du livre de la Vie monastique, où j'ai corrigé et augmenté quelque chose. Il ne manque pas de gens qui le censurent, mais il n'a encore rien paru qui l'ait attaqué (4). »

Le22 avril suivant, il sait qu'une critique a été imprimée en pays étranger, mais il ne la connaît pas (5); enfin, le 28 octobre, il l'a lue. C'était un opuscule anonyme, intitulé : Les véritables motifs de la conversion de l'abbé de la Trappe, avec quelques réflexions sur sa vie et sur ses écrits,

(1) Le Nain, Vie de M. de Rancé, t. t, p. 232.

(2) Reg. S. Bened., c. 57.

(8) Collect. Nicaise, t. V, lett. 9.

(4) /foc?., lett. 11.

(5) Ibid., lett. 13. Il croit que cette pièce a été imprimée à Amsterdam.

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