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CHAPITRE IX

Du culte de la sainte Vierge à la Trappe.

Rien de grand, de fécond et de durable n'a été fondé dans l'Eglise de Dieu sans le patronage et le secours de la Sainte Vierge. L'Institut cistercien destiné à être l'un des plus puissants instruments de la Providence aux XIIe et XIIIe siècles, fut placé dès le principe sous ses auspices. Saint Robert , son fondateur, lui avait été fiancé mystiquement dès le sein de sa mère (1). Les premières cabanes de la forêt de Cîteaux lui avaient été dédiées (2), ainsi que l'église (3). Chaque maison de cet Ordre lui était consacrée, et six mille Notre -Dames rayonnaient de tous les points de la terre autour d'une première et principale Notre-Dame, celle de Cîteaux (4).

(1) « Praegnanti etenim matri, gloriosa Dei Genitrix Virgo Maria in somnis apparuit, annulum habens aureum in manu sua, dixitque ei : 0 Ermegardis, volo filium, quem gestas in utero, hoc annulo mihi desponsare. His dictis , mulierem dormientem relinquens, Virgo Beata disparuit. » (Ann. Cisterc.,i. I, p. 1.)

(2) « Ecclesia (Cisterc.) Bealse Virgini dicata sacrataque, quam solam Matrem, quam patronam unicam sibi et suis dévote susceperunt. — Certe, Cistercium a prima fundatione Deiparae specialiter adscriptum, ejus auspiciis, patrocinioque adultum et natum, expressit Gregorius X his verbis : Gisterciensis Ordo divinis mancipatus obsequiis, et inter religiones caeteras gloriosse Virgini singularitate devotionis ascriptus ex institutione primaria. »

(3) Caesarius (sequenti saeculo, lib. Dial., I, c. 1) : « Et quia cœnobium de quo exierunt constructum fuerat in honorera Beatae Dei Genitricis Mariae, tam ipsi quam eorum successores de eodem novo Monasterio propagati, omnes suas ecclesias in honorem ejusdem gloriosae Virginis censueruut esse dedicandas. »— Consonat grave aliud testimonium B. Humberti, Magistri Generalis Ordinis Prsedicatorum dum itaait : « Ordo iste Cisterciensis habet in tanta Reverentia B. Virginem, quod omnes ecclesiae ejus sunt consecratae in ejus honorem. Inde ipsi monachi, in ecclesiis suis, quasi semper sunt ante B. Virginem et filium ejus.» {Ann. Cist., t. I, p. 9 et 10.)

(4) Sur le portail de cette église, on lisait ces vers latins :

Salve, sancta Parens, sub qua Cistercius Ordo Militât, et toto tanquam sol fulget in orbe. Et au-dessus de l'image de la Vierge :

Hœc caput, et mater Cistercii est Ordinis, œdes,

Quœ devota manet, Virgo Maria, tibi; Auspice te, stantem, rogo, protège, porrige Christo, Quœ fiunt intus nocte dieque preces.

Sur la grande porte du monastère on avait gravé le distique suivant en lettres d'or : Ad nos flecte oculos, dulcissima Virgo Maria, Et défende tuam, diva Patrona, domum.

La mère de Dieu regardait et traitait ceux de Cîteaux comme ses plus chers amis, amicos suos carissimos. C'était elle qui, sous saint Albéric, par le reflet d'une lumière mystérieuse, avait donné à leurs frocs noirs la couleur blanche, la couleur virginale, ce qui les fit appeler les Moines blancs (1).

On racontait qu'une année, pendant qu'on sciait les blés en Champagne, on l'avait vue, brillante de lumière, au midi brûlant d'un jour d'août, descendre du Ciel sur la terre pour visiter ses moissonneurs de Clairvaux, essuyer la sueur de leurs fronts , et avec les larges manches de sa robe, comme avec un évantail, rafraîchir l'air autour d'eux (2).

A l'approche des orages, les religieux cisterciens se réunissaient à l'église pour chanter le Salve, et leurs voix et leurs prières se mêlaient au bruit du vent et du tonnerre.

On récitait l'Office de la Vierge au chœur tous les jours, et les Frères convers qui ne savaient pas lire étaient obligés de dire un certain nombre d'Ave Maria, et ils allaient les semant partout, dans les granges, les écuries, les champs, les prés et les bois, achevant et recommençant sans cesse le cercle éternel du chapelet. Marie , la reine des Anges et des Saints, plaçait près d'elle et dans le voisinage de son cœur, au royaume de son fils, ses bien-aimés cisterciens. L'un d'eux, dans une extase, avait été transporté en esprit au Ciel, et il y cherchait ceux de son Ordre , et il ne les trouvait pas; ayant prié la Sainte Vierge de les lui montrer, elle ouvrit son manteau sous lequel ils étaient cachés, et il les aperçut sur le sein de cette bonne et tendre Mère (3).

L'abbé de Rancé qui voulait faire revivre l'esprit primitif de Cîteaux, n'eut garde d'oublier le culte de Marie qui en était un des principaux éléments. Sa maison reprit son nom antique, celui de Notre-Dame de la Trappe; on rétablit son office. « On le psalmodiera au chœur, disaient les Règlements, tous les jours, excepté les trois derniers de la Semaine-Sainte, auxquels chacun le dira en particulier à sa commodité (4). » Les Frères convers reprirent les Ave Maria de leurs prédécesseurs du premier Cîteaux pour les continuer sans fin.

(1) Henriquez (Menoîog. Cisterc, p. 253) : « Nonis augusti (5« die augusti.anno 1101) Cistercii in Gallia, descensio Beatissimae Mariœ Virginis, et miraculosa mutatio habitus de nigro in album colorem sub sanctissimo abbate Alberico. » (Ann. Cist., 1. 1, p. 36.)

(2) « Ad visitandum messores suos venit... Monachorum sudores tersit, flabellismanicaram suarum ventum admovit. » [Annal. Cist., t. II, p. 271.)

(3) « Ita mihi, inquit Maria, dilecti ac familiares sunt Cistercienses, ut eos sub ulnis meis foveam, aperiensque pallium suum quod erat mirse latitudinis, innumerabiles monachos, etc. ostendit. » {Ann. Cist,, t. IV, p. 180, ann. 1120.)

(4) Règlements, t. II, p. 180.

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