‹ Histoire de l'abbé de Rancé et de sa réformeChapitre 412 sur 445 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

L'abbé de Rancé est obligé de répondre à une nouvelle calomnie contre la Trappe ; de la charité et de la patience qu'il a eues toute sa vie envers ses détracteurs; de son aversion pour les procès.

Il était dit que l'abbé de Rancé serait persécuté dans sa personne ou dans son œuvre jusqu'au bout, et que ses ennemis mettraient tout en œuvre pour lui arracher jusqu'à la dernière et la plus précieuse de toutes les consolations, celle de mourir en paix. L'un d'eux, inspiré de l'enfer, dans le but d'attirer sur la Trappe quelque terrible coup, imagina d'écrire un billet anonyme au roi, où prenant le nom de Frère Antoine, trappiste, il lui donnait beaucoup d'avis touchant le gouvernement de l'État et les affaires de l'Église, le menaçant de la part de Dieu, s'il négligeait de les suivre. Le roi, si sensible et si facile à prévenir sur ces matières, se montra d'abord très mécontent, et remit le billet à M. de Pontchartrain, avec ordre de l'envoyer à l'abbé de Rancé, pour savoir de lui quel était le Frère Antoine. Il répondit aussitôt au ministre « qu'il ne connaissait point ce Frère; que c'était un nom emprunté; qu'il ignorait entièrement de quoi il s'agissait; qu'il pouvait bien s'assurer que cette lettre ne venait point de la Trappe; qu'apparemment ce devait être un ennemi couvert, qui prétendait, par cet artifice diabolique, le mettre mal dans l'esprit du roi; qu'il le conjurait de persuader à Sa Majesté qu'il n'y avait personne dans le monastère capable d'écrire un tel billet (1). »

M. de Pontchartrain était un homme droit et juste ; après avoir examiné cette pièce, il vit bien qu'elle était une œuvre de mensonge et de malice, et il en parla ainsi au roi qui parut satisfait. Aussitôt il répondit à l'abbé de Rancé que Sa Majesté acceptait ses explications. « Le roi, disait-il, était bien persuadé qu'il ne pouvait pas venir d'une maison aussi sainte que la vôtre, une lettre aussi extravagante que celle que je vous ai renvoyée. Et ce que vous avez pris la peine d'écrire sur ce sujet, n'a servi qu'à le confirmer dans cette pensée et lui a donné occasion de s'étendre sur le sujet de toutes les vertus qu'il sait qu'on pratique à la Trappe, m'ordonnant de vous dire qu'il se recommande particulièrement à vos prières et à celles de votre communauté. »

(1) Le Naiu, t. I,p. 371 .

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