‹ Histoire de l'abbé de Rancé et de sa réformeChapitre 420 sur 445 · LIVRE XII, CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

LIVRE XII, CHAPITRE XV

On ne peut voir sans émotion ce vieillard , brisé par la maladie , avec ses mains ulcérées et son pauvre froc, s'agenouillant aux pieds de son ancien condisciple, de son rival à la Sorbonne, devenu l'homme le plus éminent peut-être et le plus célèbre de son siècle, mais sans cesser d'être l'ami du pauvre moine, afin de lui demander l'aumône d'une prière et d'une bénédiction pour le jour de son agonie. Le cœur de Bossuet, si sensible et si généreux, dut en être cruellement déchiré. Son premier mouvement fut certainement de voler à la Trappe pour embrasser encore une fois ce cher ami, mais il était de l'assemblée du clergé, où il travaillait à faire porter au Quiétisme par le clergé de France un dernier coup, le coup de mort. Il lui répondit de Saint-Germain , le 16 septembre :

« Msr de Séez, votre cher évêque, se charge de vous envoyer avec cette lettre un exemplaire de la relation sur l'affaire de Cambrai et un de la censure de notre assemblée. Je ne doute pas que vous ne rendiez grâces à Dieu de nous avoir inspiré ces deux choses qui seront utiles à l'Eglise. Il me resterait une chose à faire qui serait la consolation de vous aller voir; mais je crains d'être privé cette année de cette joie par le besoin que j'ai d'aller chez moi , après quatre mois d'absence , sans presque avoir eu le temps de pourvoir aux affaires de mon diocèse. Aimez-moi toujours , Mon Révérend Père , et soyez persuadé de mon inviolable attachement à votre personne et à la sainte maison. »

Bossuet n'alla pas à la Trappe, il n'y écrivit plus , croyons-nous; ce fut la lettre des derniers adieux.

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