‹ Histoire de l'abbé de Rancé et de sa réformeChapitre 428 sur 445 · CHAPITRE XVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVII

De la cérémonie de l'inhumation; grands regrets que la nouvelle de cette mort cause partout; dernière tentative des Jansénistes (1700).

Nulle parole au monde ne pouvait être plus éloquente que la vue de ce cadavre étendu sur la paille et la cendre, avec trente-sept ans de pénitence et de larmes. M^1 de Séez le comprit bien ; c'est pourquoi il se contenta d'adresser quelques mots aux religieux, pour les consoler dans leur grande douleur et les encourager à marcher sur les traces de celui qu'ils pleuraient (t). L'abbé de la Trappe offrit au prélat quelques ornements dont le défunt se servait pour célébrer la sainte Messe (2). On réserva plusieurs objets pieux pour ses meilleurs amis.

Deux heures après le décès, on porta le corps à l'église, vis-à-vis le grand autel, sous la lampe, selon la coutume. Le visage du saint homme, dans les derniers temps de sa vie et surtout à l'instant de sa mort, était d'une pâleur livide et tout décharné; iî parut à l'église plein, vermeil, avec un air de majesté et de sérénité, en sorte qu'on ne pouvait le regarder sans respect et sans admiration ; et, si l'on n'eût pas su qu'il était mort, on aurait dit qu'il dormait d'un sommeil doux et tranquille. Il resta ainsi jusqu'à ce qu'on le portât en terre (3).

« Nous lui avons rendu, dit Dom Le Nain, tout l'honneur possible. Depuis trois heures du matin du jour des saints apôtres saint Simon et saint Jude jusqu'à midi, il y eut sans interruption quelque prêtre au grand autel (4). » Sitôt qu'on sut cette nouvelle dans le voisinage, on vit venir un grand nombre de personnes, surtout des curés et autres ecclésiastiques, qui célébrèrent la Messe pour lui. Les religieux, hors le temps des régularités, étaient continuellement en prières près de lui. Les uns lui baisaient les pieds, les autres les mains; quelques-uns, le cœur saisi de douleur, se tenaient devant lui sans parole et sans mouvement : c'était à qui lui ferait toucher des linges et des chapelets. Plusieurs avaient souvent leur visage

(1) Le Nain, t. II, 1. V, c. vi.

(2) Portefeuille duR. P. Léon, de Sainte-Catherine, année 1700.

(3) Lettre de D. Le Nain au R. P. Gourdan, précitée.

(4) lbid.

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