LIVRE VII, CHAPITRE VIII
ner l'étymologie. Le critique lui en fait un crime : « A quoi sert à la gloire de Dieu, dit-il, une liste de mots grecs et d'ouvrages, cités avec les dates des éditions, sinon à faire paraître le grand savoir de l'abbé, qui, contre l'ordinaire des moines, entend la langue grecque? »
Ainsi, lui qui, tout à l'heure, accusait Bossuet et les autres évêques d'avoir approuvé le livre de la Vie monastique, sans l'avoir lu, accuse maintenant l'abbé de Rancé de n'avoir pas écrit sans lire les auteurs et vérifier les citations dont il avait besoin. Ce n'est plus une discussion calme, polie et honnête, comme entre gens bien élevés, c'est un tissu de diatribes violentes, finissant toutes par le sarcasme et l'insulte.
C'est dans cet arsenal de mensonges et de calomnies que les ennemis de l'abbé de Rancé sont allés, depuis, prendre leurs armes: qu'on juge de loyauté et de la justice de la guerre qu'ils lui ont faite!
Maintenant, quel en était l'auteur?
La Compagnie de Jésus était alors, comme toujours, la victime dévouée d'avance, à laquelle on jetait tous les malheurs et toutes les fautes du monde. On accusa le Père Bouhours, à cause de la ressemblance du style. Mais jamais supposition ne fut plus destituée de tout fondement et même de toute vraisemblance. L'abbé de Rancé n'avait jamais eu aucun démêlé avec les Pères de cet Institut si utile à l'Église; il les avait toujours aimés et estimés, et il est impossible d'imaginer aucun motif qui les aurait portés à composer cette affreuse satire, aussi indigne d'eux que de lui.
Le Père Bouhours, ayant eu connaissance de ce qu'on lui imputait, se justifia publiquement, et, dans son livre De la manière de bien penser sur les Ouvrages d'esprit, il dit, en parlant de cette détestable production, « que l'esprit de libertinage y règne partout, et qu'il ne croit pas qu'en conscience, on puisse l'attribuer à d'autre qu'à un homme sans honneur et sans religion (1). »
Les soupçons se portèrent encore sur d'autres personnes que l'on présumait n'être pas favorables aux principes et à l'œuvre de l'abbé de Rancé. On accusa M. Thiers, qui avait envoyé à la Trappe, comme nous l'avons dit, des observations assez aigres touchant le livre des Devoirs monastiques, et qui était un de ceux à qui M. le chancelier n'avait pas voulu accorder le privilège de l'impression (°2). Mais le refus de ce magistrat lui ayant donné le temps de réfléchir, il avait reconnu son tort, et s'était
(1) De la manière de bien penser sur les Ouvrages d 'esprit, dial. IV, p. 528 et 529; Journal de Trévoux, 1733, p. 786.
(%) Relat. de la Trappe fcité.e plus liant), p. 127.